Bohémienne d’Espagne d’Henry Muchart

Parmi les moires de lumière

Et l’ombre des acacias,

Sur la route, dans la poussière,

Son pied imprime ses cinq doigts.

Deux mèches luisantes recourbent

Deux accroches cœurs sur son front,

Ses yeux voluptueux et fourbes

Sont cernés d’un trait de charbon.

Sa marche fait vibrer à peine

Les grelots de son tambourin,

Elle sait des chansons anciennes,

Elle lit aux lignes de la main.

Liseuse de bonne aventure,

Elle illumine comme il sied

Sa ténébreuse chevelure

Avec des fleurs de grenadiers ;

Et l’éclat des rouges coroles

Veut dire le présage heureux

Qu’arbore en parures frivoles,

La destinée aux noirs cheveux.

Sa main brune aux bagues dorées,

Avec des grenats de clinquants,

Montre la finesse ajourée,

D’une dentelle de fil blanc.

Car elle s’en va dans les foires,

Magicienne du mauvais œil,

Vendre à qui veut y croire

Ses sourires de bon accueil,

Ses favorables horoscopes,

L’espoir d’un avenir menteur,

Ses dentelles qui rendent folles,

Ses bagues qui portent malheur.

Chrétienne et mahométane,

Qui fait tiédir sur son cœur noir

Des amulettes de gitanes

Et des médailles du « Pilar ».

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