Pauline Bonaparte à Perpignan

On trouve au quatier du Clos Banet à Perpignan, niché dans l’enceinte du lycée Pablo Picasso les vestiges d’une belle demeure fort ancienne. Achetée et rénovée en 1807 par la princesse Borghese, cette dernière en fera son lieu de villégiature jusqu’ en 1815 , date à laquelle elle retournera en Italie. Ses mémoires nous apprenent qu’elle aimait s’occuper de son jardin et faire de l’équitation dans sa vaste propriété. De plus, passionnée par l’antiquité, le parc était orné de magnifiques statues grecques et romaines. Nous savons peu de choses sur le passage de Pauline Bonaparte à Perpignan mais elle devait surement mener un train de vie fastueux et organiser de nombreuses réceptions. La marquise de la Rochejaquelin, nous décrit dans ses mémoires, l’une de ces soirées au château :

 » On donnait ce jour-là un grand dîner au château de mon amie la princesse Borghese, où, pour la première fois, je vis avec beaucoup d’étonnement le maître d’hôtel servir l’épée au côté et le chapeau sur la tête. La salle à manger me parut fort impersonnelle, décorée d’une devise qui était sur la tapisserie avec les armoiries : Tel fiert qui ne tue pas. Comme les Perpignanais ne sont pas pour l’ordinaire consommés dans la langue française, quelqu’un trouva dans cette devise une faute d’orthographe, et dit qu’au mot fiert il ne fallait point de t. Le vieux comte de Gouvon allait répondre ; mais ayant jeté les yeux sur moi, il vit que je souriais sans oser rien dire : il m’ordonna de parler. Alors je dis que je ne croyais pas que le t fût de trop, que fiert était un vieux mot français qui ne venait pas du nom ferus, fier, menaçant, mais du verbe ferit, il frappe, il blesse ; qu’ainsi la devise ne me paraissait pas dire : Tel menace, mais tel frappe qui ne tue pas.
Tout le monde me regardait et se regardait sans rien dire. On ne vit de la vie un pareil étonnement. Mais ce qui me flatta davantage fut de voir clairement sur le visage de Mlle de Breil un air de satisfaction. Cette personne si dédaigneuse daigna me jeter un second regard qui valait tout au moins le premier ; puis, tournant les yeux vers son grand-papa, elle semblait attendre avec une sorte d’impatience la louange qu’il me devait et qu’il me donna en effet si pleine et d’un air si content, que toute la table s’empressa de faire chorus. Ce moment fut court, mais délicieux à tous égards. Ce fut un de ces moments trop rares qui replacent les choses dans leur ordre naturel, et vengent le mérite avili des outrages de la fortune. Pauline Bonaparte, qui contrairement à sa sœur, avait une grande maîtrise d’elle même et des usages fit savoir qu’elle ne tarderait point à changer de décor mais qu’un départ précipité de Paris, avait empêché ses ouvriers de terminer les travaux. Elle fit également savoir qu’elle avait fait venir des tableaux de son appartement parisien et qu’une fois déballés et encadrés, il siéraient à merveille au petit salon. La vie à la campagne était à la fois un luxe mais engendrait également de nombreux tracas et que loin de la capitale on perdait ses habitudes. Pour détendre l’atmosphère je lui fit savoir qu’elle s’en sortait à merveille et que les jardins étaient fort bien entretenus, œuvre d’un jardinier talentueux qu’on ne saurait trouver à Paris… »

Chapitre XIV, Des mots d’esprit dans les salons provinciaux.

Ci-dessous, le contenu d’une lettre de Pauline à la comtesse Duplessis :

……Voyez ma bonne amie que je ne vous oublie pas et que malgré toutes les mondanités imaginables il me restera toujours du temps pour vous. Quoi que l’on puisse entendre dans les salons, la vie en province est loin d’être aussi désagréable et monotone qu’on la dépeint. Je puis vous assurer que la beauté de la propriété est au-dessus de tout ce que vous avez pu voir ailleurs ; les arbres sont d’un vert admirable, tout est plein de chèvrefeuilles. Cette odeur ne m’a point encore dégoûtée, bien que l’on ait pu me mettre en garde, et j’aime au contraire m’arrêter à l’ombre de ces petits buissons auprès des orangers, pour lire ou pour écrire, quand le temps n’est pas trop chaud. Nous avons passé dans les jardins les trois Jours Gras, le soleil qu’il fit samedi nous y détermina… Il a fait le plus beau temps du monde, le parc est magnifique depuis que notre nouveau jardinier a taillé les haies et éclairci les massifs et le chant des oiseaux qui commence déjà à annoncer le printemps, m’a paru à ravir et bien plus joli que les vilains cris de Paris. J’espère que vous profiterez de votre retraite pour venir nous rejoindre car j’ai justement aménagé une petite chambre qui j’en suis sûre ne manquera pas de vous charmer.
Adieu ma très chère amie ; mes compliment à ma bonne Madame de Courcelles que je serai très heureuse de revoir. Je vous embrasse bien tendrement.

De Perpignan, ce 23 février 1812

Informations fournies sur la toile grâce au blog de l’APRR (l’Association de Protection des Ruines Roussillonnaises). Ce blog a pour vocation de faire découvrir l’histoire du lycée Clos Banet/Picasso au fil des âges, par des archives et les compte-rendus des dernières découvertes archéologiques.

http://archeologue.skyrock.com/

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Une réponse à Pauline Bonaparte à Perpignan

  1. Rosa M. Martín i Ros dit :

    Moltes gràcies. No tenia idea que Pauline Bonaparte tingués una propietat a Perpinyà i que hi hagués passat temporades.

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