Le Costume Roussillonnais

Mieux connaître le costume catalan de la province du Roussillon

Il faut avant tout insister sur le fait que le costume traditionnel est un terme générique qui comprend un ensemble de costumes populaires masculins et féminins portés en Roussillon entre 1680 et 1914, et ayant des caractéristiques propre à la culture de ce territoire.

Ce territoire sera qualifié du nom de Roussillon, dans son acception du XVIIIème siècle, un espace de langue catalane, définitivement incorporé au royaume de France en 1659. Dénommé dès lors Province de Roussillon, cet espace comprend aussi un petit morceau de Languedoc (le Fenouilledès). Il porte aujourd’hui le nom de département des Pyrénées-Orientales pour certains, ou de Catalogne nord pour les autres.

Travailler sur la longue durée permet d’entrevoir des évolutions et des permanences qui fondent le costume roussillonnais dans toute son authenticité et sa diversité. Les sources écrites sont ici mises en relation avec l’iconographie et les pièces de vêtement conservées au sein des familles. Ainsi peut-on se rapprocher d’une authenticité qui est rendue possible par cette confrontation.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, il convient de comprendre ce que signifie le port du costume pour tout un chacun et le port d’un costume « traditionnel » pour ceux qui habitent un territoire donné. Le vêtement a toujours eu comme première vocation de protéger le corps de la nudité, du froid et des intempéries. La nature humaine a fait du vêtement un élément censé améliorer son apparence, corset ou ceinture pour se mincir, tissus luxueux et chatoyants pour monter son aisance financière….

Dans l’étude du costume traditionnel, la place réservée aux artisans de l’habillement ne doit pas être négligée, ce sont en effet les tailleurs d’habits qui possèdent les patrons et créent les formes. Pour exemple, le perpignanais Salvador Segovia publia au début du XVIIe s. un important recueil de patrons. Si celui-ci est largement inspiré d’un précédent ouvrage madrilène, il nous démontre à la fois l’influence des centres (Italie, Espagne puis France) qui impulsent les modes européennes ainsi que le désir constant de la population catalane à se tenir au faîte de ces modes.

L’importance du trafic commercial est aussi un facteur direct de la diversité des costumes et des matériaux employés: indiennes passant en fraude de la Catalogne au Roussillon voisin pendant la prohibition, piqûres de Marseille ramenées de la foire de Beaucaire ou encore commandes passées au XVIIIe s. auprès de marchands de mode parisiens ou lyonnais par les boutiquiers de Perpignan qui veulent répondre à la haute clientèle avide de nouveautés.

Le commerce de la mode ne cessera de croître tout au long du XIXe siècle, rendant encore plus rapide l’hégémonie de la mode parisienne.

Dernier élément important qu’il faut toujours avoir à l’esprit, le réemploi des vêtements d’une classe sociale à une autre, plus inférieure, par le biais des fripiers. Cette pratique sera importante au XVIIIe s., puis au XIXe s. sous forme de dons auprès de la domesticité ou des plus pauvres. On retrouve sans cesse ce jeu de la mode citadine auquel répond le port de vêtements démodés et réadaptés aux contingences du travail ou d’une sorte de codification rurales en matière de représentation.

Une étude complexe et passionnante

L’étude des costumes traditionnels est pleine de complexité, les classes populaires voulant souvent imiter les classes dirigeantes, chacun voulant paraître ou « être représentatif de », l’aristocrate simulant l’habit de cour excessivement onéreux pour sa bourse, le paysan aisé ou l’artisan imitant en matières commune un habillement « à la française » simplifié et mieux adapté à sa condition.

Paradoxe des modes, la fin du XVIIIe s. brouille encore le jeu des apparences lorsque sous la houlette de Marie Antoinette, la noblesse féminine se travestie en paysannes, dans le courant néoclassique qui met à bas les contraintes des corps rigides et des paniers.

Le XIXe s. est encore plus « révolutionnaire » dans l’apparente richesse des costumes traditionnels. En effet les procédés industriels permettent désormais aux classes populaires d’enrichir de soie et de dentelles les garde-robes. Ces matières qui étaient avant les années 1830 peu courantes, le deviennent désormais. En 1842, l’historien Henri dans son guide du voyageur en Roussillon évoque : « le spectacle des plus curieux que cette grande variété de costumes, qui à la vérité s’est considérablement effacé depuis quelques années, mais qui offrait encore, il y a un quart de siècle, des différences bien tranchées et faisait facilement distinguer, dans les femmes surtout, la Languedocienne de l’habitante du pays de Foix, la Capcinaise à la robe bordée d’une sorte de méandre de couleur brillante et quelquefois d’un galon d’or ou d’argent, de la Cerdane au costume gracieux que, par esprit de patriotisme autant que de coquetterie, ne manquait jamais de prendre ce jour là celle qui portait habituellement la robe à la mode de France, une nuance différenciait également le vêtement des Catalanes suivant les localités d’où elles provenaient[1]. »

Le costume populaire qui présente une inertie dans certaines régions d’Europe, apparaît dans d’autres comme totalement perméable à l’évolution de la mode. C’est le cas du Roussillon, et c’est probablement pour cela qu’une étude, aussi délicate et difficile à démêler, n’avait jusqu’à présent jamais été réalisée.



[1] Henri, le guide en Roussillon, 1842.p.245-246.

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