Au Moyen Age, les bijoutiers font partie intégrante du corps des orfèvres que l’on nomme en catalan « argenters ». A cette époque toutes les professions sont réunies en oficis où corps de métier selon la nature du matériau travaillé ou selon une affinité d’organisation.
L’ofici dels argenters existe à Perpignan dès 1296, date à laquelle une ordonnance de Jacques II, roi de Majorque, oblige les futurs agrégés à ne travailler que l’argent fin au titre de Montpellier. Ledit métal devait sortir blanc de l’épreuve du feu. Pour l’or, aucune épreuve n’est citée.
Les règles de cette ordonnance sont strictes : interdiction de monter des pierres naturelles sur des bagues de cuivre et de monter de la verroterie sur des bagues en or, pas de soudure à l’étain, de dorure sur les métaux de cuivre …
Le corps constitué des orfèvres et le pouvoir royal mettent de cette manière un frein à toutes les contrefaçons et se dotent d’un outil juridictionnel pour assurer une norme de qualité dans le travail des métaux précieux de la ville de Perpignan et de l’ensemble de la Province de Roussillon. En effet les argentiers réguliers sont tenus de dénoncer les contrevenants. Des représentants sont nommés par l’ensemble du corps constitué, ce sont les « sobreposats », contrôleurs qui se chargent de dénoncer les faussaires.
L’ordonnance stipule l’obligation d’apposer un poinçon de contrôle sur chacune des pièces produites par les artisans. Cette insculpation avait lieu dans le « contrast », bureau chargé du contrôle des monnaies et métaux précieux. Le poinçon de ville faisait autorité dans toute la province de Roussillon. Celui de juridiction était insculpé en présence des consuls et des deux « sobreposats ». Il demeure en service jusqu’en 1710 , avec cinq modifications connues destinées à décourager les fraudeurs.
En 1296, Perpignan fut la première ville de l’espace catalano-aragonais à posséder sa marque. En 1297, 1321 et 1354 les contrôles sont renforcés, prouvant l’importance que la fraude pouvait revêtir. L’ordonnance de 1354 porte comme titre « com los consols deven tenir lo puntor de ferro per signar l’argent fi ».
Les sobreposats eux mêmes ont pu être quelquefois accusés de favoriser les fraudes en permettant à leurs collègues d’apposer un poinçon non conforme au titre de la pièce présentée.
L’obligation de faire apposer le poinçon de ville avant de commercialiser une quelconque pièce est encore renforcée par un mandement de 1618 qui édicte qu’ « aquella no sie primer marcada ab la marca de la villa y puntada ab lo puntor de la dita vila y que no pugan tenir al parador obre alguna de plata que no sie reconeguda per los marcadors sots pena de deu lliures y de la obra rompuda » .
Les argenters de Perpignan au Moyen Age étaient obligés par règlement à tenir boutique mais aussi résidence dans la rue de l’Argenterie et autour de la place des Corts, dans la paroisse de la collégiale Saint Jean Baptiste, ce qui va enraciner cette profession jusqu’au XXe siècle dans ce quartier.
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