Le peintre d’Olot Joachim Vayreda (1843-1894) en Roussillon….

Ball de Gambetto à Ridaura, Marian Vayreda, 1890, Musée d'art, Girona.

Ball de Gambetto à Ridaura, Marian Vayreda, 1890, Musée d'art, Girona.

Suivons l’étude très intéressante intitulée : « Le Vallespir, refuge des peintres de l’École d’Olot, les années 70 du XIXème siècle »,  Joan Sala i Plana d’Olot, professeur aux Beaux Arts de Barcelone, nous indique sa présence, pendant quelques mois à Amélie-les-Bains, à la fin du XIXe s.

« L’École d’Olot -qui tire son nom de la capitale de la ‘comarque’ de la Garrotxa qui confine au nord avec le Vallespir- est le mouvement le plus représentatif des peintres pleinaristes de la Catalogne. Josep Berga i Boix et Joaquim Vayreda i Vila, ses deux principaux représentants, furent les introducteurs de l’intérêt pour le paysage observé sur le terrain, et peint en plein air en Catalogne; un courant né à Barbizon, et qui se répandit dans toute l’Europe, créant ainsi diverses écoles nationales, comme ce fut le cas de celle d’Olot.

Vayreda était l’héritier d’une des familles les plus aisées de la région d’Olot, et qui avait les moyens suffisants pour donner une bonne formation académique à leurs enfants. Il fit ses études primaires et passa son baccalauréat à Olot avant d’étudier par la suite à l’Université de Barcelone. Comme son camarade, il manifesta lui dès son plus jeune âge, de l’intérêt pour l’art, et fit sa formation à Olot et à Barcelone, où il prit part à l’atelier du peintre réaliste Ramon Martí i Alsina. Ayant visité plusieurs villes européennes Vayreda avait été en contact avec l’atmosphère parisienne de l’époque. Berga, pour sa part, ne fit jamais aucun voyage. Au delà des influences reçues, il existe chez tous deux une grande dose de recherche personnelle. Ces deux artistes étaient proches idéologiquement du carlisme, un mouvement politique qui reposait sur trois piliers : Dieu, la Tradition et la Patrie, et de ce fait les peintres – selon les propres mots de Berga – étaient soumis aux «lois naturelles que Dieu a dicté pour les hommes». Ces peintres se consacrèrent aussi à l’écriture mais malgré tout ceci ils prirent une part active en politique.

La Révolution de Septembre de 1868, qui instaura en Espagne un régime progressiste, se heurta frontalement aux positions de droite des initiateurs de l’École d’Olot. C’est pour cette raison que Berga choisit l’exil, de telle sorte qu’il en vint à habiter à Perpignan et à Céret. Ce premier séjour ne dura guère plus d’une année, car il se présenta à un concours de recrutement afin d’obtenir le poste de professeur à l’École de Dessin d’Olot. Entretemps, Vayreda continua à résider dans son pays.

Le XIXème siècle catalan endura trois guerres carlistes, particulièrement importantes dans les comarques du nord, comme c’est le cas de la Garrotxa. La troisième guerre carliste -1872-1876- prit de plein fouet les artistes d’Olot. Elle pût compter sur l’appui des classes aisées d’Olot, parmi lesquelles figuraient la famille Vayreda, dont plusieurs frères du peintre Joaquim Vayreda qui prirent les armes et partirent pour le front. Malgré cela, Joaquim, l’héritier de la lignée, préféra s’exiler dans le Vallespir, traversant les montagnes frontalières, tout comme son ami Berga. La ville d’Olot était acquise aux libéraux et les carlistes avaient prévu l’assaut à la fin de 1873, occupant celle-ci près d’un an. Pendant cette période les deux peintres revinrent à Olot et après que les troupes favorables au gouvernement central eurent pris la ville ils revinrent dans le Vallespir où ils résidèrent jusqu’à la fin de la guerre.

Nous possédons une connaissance assez exhaustive du séjour de Josep Berga dans les comarques nord-pyrénéennes, car il est l’auteur d’un roman autobiographique intitulé Un retrato esborrat (Un portrait effacé), publié à Barcelone en 1906 par la Bibliothèque de Catalogne, et de ce fait bien des années après que ces faits aient eu lieu. Il y explique qu’il devait subvenir à ses dépenses en peignant des portraits des résidents des hôtels d’Amélie-les-Bains, dont il faut dire qu’il les décrit de manière magistrale. Il se rappelle de «Mr Delage» qui «ne parlait pas correctement le français, qui le savait aussi bien que moi. La plupart d’entre eux parlaient le provençal et le catalan du Roussillon». Entretemps Vayreda recevait ponctuellement de l’argent de sa famille et pouvait ainsi se consacrer à faire des études de paysages, avec Bosch de la Trinxeria. Berga nous dit qu’il « avait passé l’hiver de l’année soixante-treize tout en peignant des portraits pour la famille de l’hôtel Pereyra, auberge primitive d’Amélie-les-Bains». Quant à la bourgade il en dit : « là-bas naît un grand jet d’eau bouillante, qui se répand dans les rues et les places, les hôpitaux et les sources publiques, apportant richesse et vie à ce havre catalan».

Il commente que pendant les longues soirées d’hiver ils se réunissaient dans l’hôtel «Pereyra» afin d’entonner des chansons catalanes accompagnés à la guitare étant «applaudis frénétiquement non seulement par nous mais aussi par les gens du Nord et par les Roussillonnais, qui entendent nos chants et dont notre sang bout dans leurs corps, ils ne nous ont pas oubliés et ne nous oublieront jamais», dans une explosion de nationalisme. Il raconte qu’il avait son atelier presque devant l’hôtel, à quelques mètres du «Café Picoli». Il décrit une atmosphère artistique importante en ce lieu en disant: «Henner, un jeune lyonnais, qui ressemble beaucoup à Théophile Gautier, pas seulement à cause de sa chevelure, mais aussi par sa physionomie, peignait un tableau représentant une idylle, au sentiment et à la finesse remarquable; Hich, un parisien, de l’école de Courbet, se préparait pour le Salon de l’année soixante-quatorze, travaillant jour et nuit, et Gómez, un officier carliste blessé, déserteur de la guerre de Cuba, un artiste aux grandes qualités, n’avait ni toile, ni pinceaux, ni même les moyens d’en acheter».

Bien entendu dans ses causeries, on parlait d’art, et ce devait être une belle occasion pour commenter les mouvements artistiques du moment et pour approfondir davantage la connaissance des peintres paysagistes français qu’admiraient les artistes de l’École d’Olot. Josep Berga fait de belles descriptions des bourgs qu’il visite et de leurs bâtiments les plus remarquables. Il se rappelle que sur les «bords du Tech il avait commencé deux paysages représentant des vues du Canigou», il parle aussi du «pont de Palalda» ou du fait qu’«il s’extasiait devant les esquisses des Pyrénées» et il fait souvent des descriptions impressionnistes des paysages. Il accentue la tolérance des gens de Céret, la culture de ses habitants, et finit par dire : «si ce n’avait été à cause de la taille insignifiante du village j’y serais resté pour toujours». Somme toute, il met en évidence que pendant les années soixantedix du XIXème siècle il existait une atmosphère artistique dans cette zone, à priori peu étudiée, une atmosphère qui probablement serait annonciatrice de la grande activité artistique que devaient connaître plus tard Céret et ses alentours. »

Une recherche attentive nous permettra de découvrir quelques portraits de Vayreda de cette époque vallespirienne, qui donneront des témoignages interessant sur les bijoux et les costumes de ce temps.

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