Jacques Gamelin et le costume roussillonnais.

Des oeuvres encore inédites de l’artiste Jacques Gamelin (1738-1802) permettront lors qu’elles seront découvertes de mieux connaître la façon dont les Roussillonnais s’habillaient à la fin du XVIIIe s.

Ainsi L’historien Julien Yché évoque en 1900, dans un intéressant article, l’existence de « grandes toiles représentant le Port-Vendres édifié par le Maréchal de Mailly sur la côte catalane ». Gageons que ces documents  un jour resurgiront. Ils deviendront dès lors une source inédite et capitale sur l’étude des costumes portés en Roussillon à cette époque :

LA COLLECTION J. RIOLS : M. J. Riols, conservateur du Musée de Narbonne, possède une série de toiles de Gamelin peut-être unique dans l’œuvre de ce peintre. Il s’agit de neuf panneaux et de deux dessus de portes que Gamelin avait peints comme décoration d’un appartement à Narbonne, chez Joseph Barthez, son bisaïeul.

Ces peintures traitées souvent de façon rudimentaire, très à la diable, et où les lois de la perspective sont quelquefois transgressées avec une audace surprenante, ont pour nous un intérêt documentaire très vif. Deux panneaux de 2,75 de long sur 2 m. environ reproduisent des vues du port de Port-Vendres.

Le premier, assez correctement peint et de tonalités agréables dans le paysage, est peuplé de Catalans, matelots, paysans, très curieux d’attitudes et de costumes, et il présente des détails de marine très pittoresques.

Le second, où se voient les divers édifices publics de Port-Vendres et l’obélisque élevé en 1780 à la gloire de Louis XVI, réunit sur le quai du premier plan de nombreux personnages en pied, membres de la famille Barthez ou amis. Ce sont de véritables portraits. Les figures sont étudiées, fortement modelées même; les costumes et les détails de toilette soigneusement peints nous initient entièrement aux modes de l’époque.

L’auteur du catalogue du Musée de Narbonne, qui n’avait pas vu les signatures et avait été frappé du type original des personnages si différents de ceux représentés habituellement par Gamelin, a écrit que l’attribution de ces médaillons à cet artiste était quelque peu douteuse. Les signatures dissipent toute hésitation. Nous retrouvons encore au Musée de Béziers une composition identique à celle de deux médaillons avec la signature : Gamelin fecit. inv. 1793.

Coiffe de Perpignan et du Roussillon, Gamelin, collection particulière.

Coiffe de Perpignan et du Roussillon, Gamelin, collection particulière.

Sur une caisse, à droite, l’artiste a tracé l’adresse suivante: « Liqueurs fines de la fabrique de Pradal, à Perpignan.1789. AMessieurs Joseph Barthez, Ratié, Gamelin et Cie , à Narbonne. » Nous savons que ce Pradal, fabricant de liqueurs fines dont Gamelin envoyait une caisse à ses amis de Narbonne et à lui-même, était un ami de l’artiste et son hôte quand il séjournait à Perpignan. Ce fut môme lui qui fut chargé de sa procuration dans les démarches qu’il eut à faire auprès du directoire du district de Perpignan pour obtenir le payement du solde de sa créance relative aux travaux qu’il avait effectués dans la cathédrale Saint-Jean.

Les produits de la distillerie de Pradal étaient-ils vraiment si remarquables que Gamelin, qui savait bien un peu travailler pour la postérité, les ait jugés dignes d’une réclame aussi flatteuse? Ne serait-ce pas plutôt le contraire et la qualification de « fines » n’aurait-elle pas pour les liqueurs de son ami un caractère d’ironie plaisante ? Ou plutôt encore Gamelin n’a-t-il pas voulu rappeler à Pradal un envoi promis qui ne serait jamais arrivé?

Un troisième panneau représente un paysage maritime d’une originalité de détails incroyable. C’est ainsi que l’artiste a juché au bout d’une longue antenne un mousse occupé à serrer la voile, et qui se détache dans le ciel singulièrement, tels ces personnages articulés qu’on fait manœuvrer au bout d’une baguette pour l’amusement des enfants. Au premier plan, quelques personnages vas de dos sont très amusants.

Portrait de Pradal, miniature de Jacques Gamelin, collection particulière.

Portrait de Pradal, miniature de Jacques Gamelin, collection particulière.

Les autres panneaux avec leurs paysages plus ou moins de convention sont dépourvus d’intérêt. Dans l’un deux, on remarque une de ces vieilles femmes au nez crochu et au grand chapeau de feutre noir qu’on voit dans quatre des médaillons du cadre 352 du Musée de Narbonne. A dire vrai, toutes ces toiles ne sont qu’une fantaisie, une pochade amusante destinée à des amis, sans valeur d’art bien estimable, mais une d’elles (L. 1,22; h. 1,60) est un véritable tableau, d’une exécution soignée, et d’un sentiment exquis.

Entre des arbres et se détachant d’un fond violet vaporeux une jeune et jolie femme se balance sur une escarpolette et elle est toute entière à ce jeu qui l’anime délicieusement. Sa robe violet clair se gonfle avec grâce, et le fichu blanc qui voilait légèrement son corsage décolleté s’envole. Peut-être nous trompons-nous, mais son visage est trop éclairé par le plaisir, et son costume un peu trop défait pour que l’artiste ne les ait pas caressés tous deux d’un pinceau quelque peu sensuel. Or, le côté sensuel nous échappe presque dans l’œuvre de Gamelin dont on a pu dire que « son pinceau s’était toujours montré chaste et « austère jusque dans ses fantaisies badines et les plus folâtres. »

A droite et à gauche, des jeunes gens et des jeunes femmes ou jeunes filles tirent l’escarpolette ou s’entretiennent. Tous ces visages féminins sont d’un galbe plein et élégant. Celui qu’encadre si bien un de ces immenses bonnets dont madame Gamelin est coiffée dans la plupart des portraits que nous connaissons d’elle est surtout d’un charme piquant.

Ce tableau d’un coloris si délicat, si fin, est une pastorale rappelant celles des petits maîtres du XVIIIe siècle, mais avec plus de naturel, car les personnages sont en simples habits de fête, et non parés de satin et de flots de rubans, resplendissant des couleurs de la jeunesse, et non les joues fardées. Il a manqué, et c’est une lacune très regrettable, à l’exposition de l’œuvre de Gamelin, où ne figurait d’ailleurs aucune de ses pastorales. Il eût montré un des aspects généralement inconnus du talent de l’artiste « qui excella « dans tous les genres jusqu’à exciter notre admiration, « mais qui dans tous fut inférieur à lui-même. »

Portrait d'enfant, Jacques Gamelin, musée de Carcassonne.

Portrait d’enfant, Jacques Gamelin, musée de Carcassonne.

M. J. Riols possède deux autres tableaux de Gamelin, le portrait en buste du fils de Joseph Barthez à l’âge de huit ans (toile; L. 0,11; H. 0,14) et un Intérieur de cuisine (bois; L. 0,G3; H. 0,45; signé: Gamelin 96).

C’est la même composition que le petit tableau du legs Jouy d’Arnaud, récemment entré au Musée de Carcassonne, mais dans des tonalités moins chaudes. Il y a là une très curieuse collection d’ustensiles et de vaisselle, et comme personnages une jeune servante au frais minois qui nettoie du poisson, tandis que devant l’immense cheminée qui flambe un gros cuisinier, le chef couvert d’un casque-à-mèche, en tablier, fume gravement une de ces longues pipes que Gamelin a mises si souvent à la bouche de ses paysans et de ses buveurs.

Parmi les 11 dessins au crayon de Gamelin que possède en portefeuille (legs Barathier) du Musée de Narbonne se remarquent deux pastorales, genre Fragonard, dont une très alerte. »

Source : Julien Yché. Bulletin de la Commission Archéologique de Narbonne, Tome VI, 1900.

 

 

 

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2 réponses à Jacques Gamelin et le costume roussillonnais.

  1. Schroell André dit :

    Promouvoir et préserver le patrimoine culturel d’une région ma parait essentiel.Félicitations à Laurent pour son engagement,sa patience et sa ténacité.

  2. Schroell André dit :

    Ce commentaire est évidemment et naturellement valable pour Jacques Gamelin et ce texte merveilleux.Avec mes excuses de ne pas l’avoir cité au début.

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