Épitre dédicatoire aux Perpignanais

« Ma muse modeste et polie,

Croirait manquer de courtoisie,

De reconnaissance et d’égards,

Braves perpignanais si, quittant ces remparts,

Qui furent trois ans mon asile,

Elle ne dirigeait encore sur votre ville ;

Ses derniers accents, ses derniers regards.

Permettez que ma muse, en partant vous dédie,

Ces timides enfans, qu’elle ose mettre au jour :

Volage, inconséquente, et toujours étourdie,

Vive, légère, gaie et sombre tour à tour,

Parfois elle se livre à la mélancolie,

Elle est capricieuse et maligne à l’excès.

Rien moins que belle, elle a de la coquetterie,

Et bref, tous les défauts d’une femme jolie.

Mais fort heureusement elle a le cœur français !

Elle est bonne, humaine et sensible,

Déplorant nos malheurs, et chantant nos succès.

Quoique femme est accessible,

A la saine raison, dont elle est susceptible,

Et la femme raisonnable offre bien des attraits !

D’abord elle chérit les bourbons et la paix,

Du moins elle a fait son possible,

Pour le prouver dans de faibles couplets,

Dont le cœur seul a fait les frais.

Car, pendant un long temps, tombée en léthargie,

dans son profond sommeil hélas ! Elle est vieillie.

Elle ne s’est réveillée en cet heureux séjour,

Qu’aux accents de la paix, dont la douce harmonie,

Annonçait aux Bourbons le fortuné retour :

Elle a mêlé sa voix au cœur de la Patrie,

Et vous offre les fruits de son pudique amour.

Daignez comblant ces vœux, agréer cet hommage,

De mon profond respect, éclatant témoignage[1]. »



[1] Courtois, (M.), Mes loisirs ou recueil de poésies dédié aux habitants de Perpignan, Imprimerie Alzine, Perpignan, 1815.

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