Le presbytère de la cathédrale de Perpignan

Presbytère de la cathédrale de Perpignan

Presbytère de la cathédrale de Perpignan

Cette maison paroissiale possédant un caractère historiciste, édifiée en 1899-1900, fut conçue par l’architecte Léon Bénouville.

Léon Bénouville (1860-1903) est un architecte français des Monuments historiques qui a eu une carrière nationale d’envergure : architecte en chef de l’Isère, de la Savoie, de la Haute-Savoie, architecte en chef des arrondissements de Corbeilles et d’Étampes (août 1897), de la Lozère et de l’Ardèche (mai 1898), de la Drôme (juillet 1901), membre de la Société centrale d’architecture, jury à l’Exposition universelle de 1900 et enfin architecte diocésain de Perpignan dès 1892 (note 1) puis de Lyon à partir de 1901. Son implication dans l’aménagement des abords de la cathédrale de Perpignan est passé inaperçu jusqu’à présent. Dans la récente étude d’Esteban Castaner Munoz cet architecte a été perçu uniquement sous l’angle du restaurateur de Monuments Historiques (note 2).

benouville

benouville

Après presque cent ans d’oubli, ses œuvres entrent aujourd’hui dans un processus de reconnaissance au niveau national. On connaît notamment de lui un hôtel rue de Siam, la maison des pianos Erard rue du Mail ou encore l’immeuble du 46 rue Spontini à Paris mais aussi les restaurations du clocher de Thaon (Calvados), du château de Vizille, de Saint-Rémi de Reims. On le qualifie à sa mort de « grand », car il « osait, l’un des premiers, l’habitat moderne : rue Spontini, boulevard Pasteur, à Puteau…(note 3) » Distingué aux salons de 1890 et 1891, nous découvrons aussi Bénouville comme dessinateur de meubles Art nouveau comparables à ceux de Louis Majorelle ou d’Hector Guimard participant comme eux au renouvellement des arts décoratifs à la fin du XIX°. Il passe du statut d’architecte à celui d’artiste complet (note 4).

Benouville meubles art nouveau

Benouville meubles art nouveau

Genèse du projet du presbytère actuel.

Dès 1880, à cause de la vétusté de l’ancien, la construction d’un nouveau presbytère pour la cathédrale de Perpignan devient une nécessité. Celui-ci va être édifié sur les parcelles du 1 et 3 rue de l’Horloge. On projette aussi de créer une voie d’isolement propre à mettre en valeur la cathédrale, c’est à dire de dégager sur 6 mètres les constructions qui s’agglutinaient sur le mur gouttereau du coté sud en créant une ruelle entre la place Gambetta et le Campo Santo.

Le 8 janvier 1881, une convention est signée en ce sens entre l’Abbé Metge, archiprêtre de la cathédrale le maire de Perpignan Paulin Testory et le préfet. « La cathédrale de Perpignan est obstruée du coté sud-ouest par des propriétés particulières dont les bâtiments sont presque totalement délabrés (qui) non seulement nuisent à l’aspect de ce monument mais encore sont d’un voisinage dangereux. L’administration des cultes a dû se préoccuper de cet état des choses. Afin de faciliter les moyens d’y remédier, l’administration municipale a par délibération du 9 novembre 1874, offert de céder à l’État un immeuble adjacent à la cathédrale et formant avancement sur le parvis. Elle a demandé en échange pour y établir le presbytère, une maison située au numéro 3, acquise par l’État, il y a 10 ans, précisément en vue du dégagement de la cathédrale (note 5).» L’État récupère la parcelle du 1 rue de l’horloge  (note 6) qui conservait les murs, arasés sous forme de murettes de l’ancienne maison du gardien de l’horloge, hormis sur la façade du numéro 3 à laquelle il servait de contrefort.

Restes de murettes délimitant le parvis de la cathédrale.

Restes de murettes délimitant le parvis de la cathédrale et l’ancienne maison municipale du sonneur de cloches.

A cette époque, Léon Bénouville, dans la veine de l’école Viollet-le-Duc, effectue depuis Paris les démarches de mise en valeur de la cathédrale. Si au nord, les tractations concernant la propriété de M. Campana, (Cours Maintenon) n’aboutissent pas, il restructure une partie du coté sud avec la démolition du logement qui se trouvait à l’étage de la chapelle du Christ en septembre 1898. Il ramène celle-ci aux proportions que l’on connaît aujourd’hui et met à jour les fenêtres des chapelles de la cathédrale. Le 5 décembre 1898, en tournée à Perpignan, il convainc le Conseil de Fabrique de débloquer la somme de 10 000 francs afin de relancer le projet de presbytère neuf sur la parcelle de la ville et une partie de celle de l’État. Il « présente à l’administration un projet d’ensemble comprenant la reconstruction du presbytère, le dégagement de la cathédrale, entre le parvis et la rue Amiral Ribeil. » Le plan de cet ensemble est conservé aux Archives nationales, Paris-Fontainebleau (note 7).

presbytère de perpignan cathédrale

presbytère de perpignan cathédrale

L’avant-projet, une grande feuille traitée à l’aquarelle, présente deux registres : le premier est la version de trois des cotés du presbytère, le second registre donne les plans de trois différents niveaux de la bâtisse. Pour arriver à ses fins, car ne pouvant se permettre de dépasser le budget alloué, il choisit d’utiliser les matériaux usuels que sont la pierre et la brique. Le projet est défendu sur place par les architectes Debats et de Noell (note 7bis) auprès d’un Conseil de Fabrique jusqu’alors hostile à traiter avec l’administration. Nous sommes en plein débat sur la place de l’Église dans la société civile, débat qui conduira en 1905 à la Loi de séparation.

façade rue nouvelle

façade rue nouvelle

L’architecte diocésain conçoit un presbytère moderne et intégré au sein du réaménagement global de la place Gambetta avec Saint Jean le Vieux et la cathédrale débarrassée de son parvis. Le presbytère devient la porte d’accès au quartier de la rue Révolution Française. Les travaux ne pourront commencer qu’en octobre 1899 (note 8). Bénouville avait prévu la création d’une ruelle donnant accès à la chapelle du Christ, longeant la façade du presbytère d’un coté et le mur de la cathédrale de l’autre.

façade rue de l'Horloge

façade rue de l’Horloge

Il est à noter que l’architecture locale vernaculaire, jusque là méprisée, est réaffirmée dans l’ensemble des réhabilitations du monument et de ses abords : traitement du mur pignon et des façades sud et nord de la cathédrale (galets de rivière, brique), réaménagement de la chapelle du Christ avec l’utilisation ou la remise en valeur de ces mêmes matériaux et enfin le nouveau presbytère, parfaitement intégré dans l’axe de la rue Bartissol récemment ouverte.

Ce projet, finement mené par Bénouville pour la maison presbytérale, préfigure le renouveau de l’architecture néo-régionale catalane des années d’entre-deux guerres. Nous avions donc la chance de posséder (jusqu’en décembre 2015) un ensemble cohérent d’aménagement des abords d’une cathédrale méridionale autour de 1900. Après 1901, le programme d’embellissement continue avec la nomination comme architecte diocésain d’Albert Mayeux (1872-1931). Celui-ci continue cette mise en valeur. Elle sera quasi achevée en 1914.

La façade de la cathédrale est débarrassée de son crépis et de son parvis.

La façade de la cathédrale est débarrassée de son crépis et de son parvis.

Quelques sites recommandés sur le secteur sauvegardé de Perpignan mais aussi autour de nous de Carbone, Carcassonne, Béziers, Montpellier, Nîmes, Beaucaire, Pézenas, Sommieres…. :

règlement PSMV (PDF téléchargeables)

 

wikipedia :

 
 
 
 
Il réalise le plan d’aménagement de l’Hôtel de Mailly en Palais épiscopal en 1891. (médiathèque du Patrimoine, cote : 0082/066/2012 )
2 Castaner Munoz, E., Modernité et Identité dans l’urbanisme et l’architecture à Perpignan, p.137.
3 Mercure de France, 1904, vol.50, p.809.
4 Voir sa nécrologie dans Art et décoration, 1903, volume 14, p. 456.
5 ADPO, série J (archives de la paroisse Saint-Jean)
6 La Ville de Perpignan venait de raser sur cette parcelle la maison vétuste qui servait depuis « les temps immémoriaux », au moins depuis 1809, à loger l’ouvrier chargé par la municipalité du remontage de l’horloge.
7 Archives Nationales – Paris, fonds de l’administration des Cultes (cote CP/F/19/7818)
7bis: Cabanas, J., Louis de Noell était surveillant des travaux des édifices diocésains. Les Noell du Vallespir, SASL des PO, Perpignan, 2011, p.243.
8 Le Roussillon, 1899, 28-09, « L’État s’est enfin décidé à faire démolir l’ancien presbytère dont les murs délabrés étaient un danger pour la sécurité publique. Les travaux commencés lundi seront terminés la semaine prochaine. »
La maison presbytèrale dans les années 1950.

La maison presbytèrale dans les années 1950.

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Une réponse à Le presbytère de la cathédrale de Perpignan

  1. servat dit :

    Merci de cette … réelle archive, dès lors …. 🙁

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