Un artisanat en péril (1950-1980)

Le travail des artisans bijoutiers roussillonnais connaît aujourd’hui une véritable résurrection.

 En 1926, un bijoutier témoigne au contraire : « …qu’il est pénible pour tous de constater que notre bijou traditionnel, tel le costume et la coiffe catalane, est en train de perdre de sa vogue et de sa mode. Les causes en sont faciles à rechercher, l’évolution de la mode, l’esprit régionaliste qui s’atténue, le besoin de paraître davantage et enfin la cherté des prix qui atteint le bijou catalan. »

             D’autres avatars ont frappé la bijouterie traditionnelle comme les deux guerres qui ont bloqué les approvisionnements de grenats provenant d’Europe centrale et qui étaient taillés dans le Jura où en Allemagne. Les bijoutiers ont dû se résigner à monter des pierres synthétiques d’imitation.

            Le bijoutier Charpentier s’exprime ainsi :  « Depuis 1939, la fabrication a été en déclinant faute de matières premières et elle va disparaître complètement si l’on ne se penche à son secours. » (Charpentier, J., rapport présenté à l’occasion de l’assemblée générale de la Chambre de Commerce et d’Industrie des P.O., 1947. Casa Pairal, n°1089.)

En effet il est possible que l’approvisionnement en grenats provenant de l’étranger ait été freiné par un décret protectionniste de 1920 interdisant d’importer des articles dits de luxe, ou de fantaisie et qualifiés de non indispensables (La Méridienne Verte, Vol.II, p.1638. Ce décret signe peut-être aussi la fin des belles coiffes en dentelles de Malines, dentelles devenues alors introuvables)..

            Les pierres étaient alors toutes importées et leur raréfaction dut obliger les bijoutiers de Perpignan à monter de plus en plus de pierres de synthèse, comme celles que fabriquait à la rue Rabelais de Perpignan l’entrepreneur Bartissol. On parle à Perpignan d’ « émeraudes Bartissol »souvent sans savoir que cette pierre n’a aucune valeur.      

A partir de cette date et durant l’entre deux guerres, l’atténuation de l’esprit régionaliste est effective, du en partie au retour des milliers de jeunes soldats sortis d’une manière brutale des limites du département.

Les aspirations de la population roussillonnaise se tournent alors vers la modernité, reléguant les traditions régionales au second plan. La bijouterie en grenat continue toutefois à représenter durant l’entre-deux guerres la principale parure des Catalanes, vecteur d’une identité forte de ce territoire grâce à son adéquation à l’Art Déco.

Ce n’est que lors des bouleversements sociaux et économiques des Trente Glorieuses qu’un coup fatal est porté à ce secteur jusque là florissant de la production artisanale perpignanaise. De nombreux ouvriers seront reclassés grâce à l’entraide et la fraternité du corps de métier dans des emplois relevant notamment de la mairie de Perpignan grâce à l’action d’Augustin Colomer qui fut le premier président de la Chambre des Métiers et adjoint au maire de Perpignan, Sous le mandat de Félix Depardon (15 avril 1949-20 mars 1959).

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