Portrait de charlotte de Lon de Marouls, comtesse de Lazerme (1822-1888)

Charles Muller (1815-1892), Portrait de la comtesse de Lazerme.

Charles Muller (1815-1892), Portrait de la comtesse de Lazerme.

Charlotte de Lon de Marouls (1822-1888) était la fille de Ferdinand Delon et d’Espérance Buget. Elle épousa Charles de Lazerme (1815-1884) en 1846. Ce tableau a été peint par l’un des plus grand portraitistes français du moment, Charles Louis Müller, qui nous la montre vers 1885, lors de son veuvage.

La comtesse de Lazerme mourut le 13 avril 1888 à Perpignan en son hôtel particulier de la rue de l’Ange. Dix prêtres et dix religieuses de la salle d’asile assistèrent aux obsèques.

Voici ce que disait d’elle son petit fils, Carlos de Lazerme :

« Elle était la sœur ainée de Mme de Rovira et de la comtesse de Cauvigny. Petite, mince, fragile et délicate au possible, elle donnait l’impression diaphane d’un être qui va se dissoudre. Mais c’était aux heures critiques qu’il fallait la voir: toute en nerfs, infatigable, son énergie croissait avec les difficultés et le péril, loin de l’ébranler, ne pouvait même pas la surprendre.

J’ai d’elle un excellent portrait peint par Müller, il est impossible de trouver visage aux traits plus fins, port de tête plus fier, un ovale plus pur.

Surtout elle était bonne. Avec quelque chose de fier, d’altier, elle avait une nature vraiment humaine, une sensibilité de femme aimante, chaste. Accessible à tous, d’un dévouement sans exception et qui ne raisonnait pas. Pleine de pitié, elle se penchait sur son prochain, dès qu’elle voyait souffrir, avec l’humilité discrète et la promptitude silencieuse de la charité chrétienne, avec cela un peu capricieuse, peut être fantaisiste, libérale, gratuite. Son nom même de Charlotte, avec ses vibrations dorées, exprimait quelque chose de doux, la poésie du soir et de l’automne, et la tendresse romantique. Eprise de Lamartine, de Vigny, de Lacordaire, elle allait vers le beau d’un mouvement d’artiste, distante avec les snobs et les imbéciles, hautaine avec les avares et cassante avec les fourbes et les mauvais.

J’avais treize ans quand elle mourut.

Le curé de la cathédrale de Perpignan, l’abbé Metge vint lui porter le viatique. Elle avait toute sa tête et la garda jusqu’à la dernière minute. Quand elle comprit que ses derniers instants approchaient, elle demanda son livre de messe, et de la même voix tranquille dont pendant soixante ans chaque matin et chaque soit elle avait récité son « pater » et son « ave » elle répondit aux prières des agonisants. Au moment de lui administrer l’extrême onction, le prêtre s’aperçut qu’il avait oublié d’apporter le linge rituel qu’on trempe dans les saintes huiles pour le passer ensuite sur les pieds et les mains des malades. « Est-ce que je puis vous prêter un linge? » demanda ma grand-mère. Sur un signe affirmatif de l’officiant, elle fit ouvrir son armoire et indiqua une petite boite  en carton placée sur la planche du haut. Cette boite était attachée avec un ruban qui faisait plusieurs fois le tour. Elle la fit apporter , défit le ruban, souleva le couvercle et retira un mouchoir en batiste brodée.

« C’est celui que je portais le jour de mon mariage » dit-elle.

Elle dut revoir toute sa jeunesse. Ses yeux regardèrent son crucifix ; ils restaient candides et limpides. Ses lèvres remuaient. Elle se remit à prier avec sa dévotion d’humble croyante. Quand le prêtre eut accompli son ministère, elle reprit le mouchoir, le plia en hochant la tête, le remit dans la petite boite en carton, rattacha le ruban, lentement, posément avec cette attention qu’on apporte aux choses minutieuses de la vie quotidienne. Et c’était déchirant de la voir si soigneuse, si calme, répétant pour le dernière fois ces gestes habituels qu’elle ne ferait plus jamais.

Un peu plus tard, elle prit la main de mon père et la serra de toutes ses forces. La comédie est finie, dit-elle, et l’autre vie commence. Je suis bien triste de vous quitter mais je suis bien heureuse d’aller retrouver mon père et me mère. Et mon mari m’attend là-haut depuis plus de trois ans.

Après tant d’années, il ne se passe pas un seul jour que je ne pense à ma grand-mère. Et chaque fois elle m’apparaît, comme la sainte de la famille et le bon ange du foyer. »

Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterPin on PinterestEmail this to someone
Ce contenu a été publié dans Bijouterie XIXe s. roussillonnaise, Costumes - Modes - Bijoux, IIIe République, noblesse roussillonnaise. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *