Mariage villageois en Vallespir vers 1840

« Nous sommes dans le Vallespir, le pays est accidenté, les bruyères odorantes couvrent les collines, on entend la cloche des villages qui tinte au loin. Tout à coup voilà des coups de pistolets qui retentissent, répercutés par l’écho. De vigoureux jeunes gens franchissent les ravins et les torrents, riant et chantant ; c’est au bruit des détonations d’armes à feu qu’ils courent ça et là. Ce sont des Spades ; ils sont à pied, un tonnelet pend à leur ceinture. Une noce joyeuse marche derrière eux ; la mariée montée sur une mule richement caparaçonnée, son mari à cheval, tous deux suivis des parents et des invités qui chevauchent par couple, brillamment costumés et chargés de rubans. ..Si la noce approche d’un village, voici une riante troupe de jeunes filles qui tendent sur le chemin un léger ruban de soie. Le cortège s’arrête devant cette fragile barrière, et les marguillères de la chapelle de la Vierge présentent, à la mariée d’abord, et tour à tour ensuite à chaque cavalier, des bouquets de fleurs dans une corbeille de satin brodé en or. La cavalcade prend les fleurs, et jette dans la corbeille de menues monnaies qui servent à l’entretien de la chapelle : le ruban tombe, et le cortège continue sa route, accompagné jusqu’au bout du village des jolies marguillères.

Dans le Capcir, le mariage ne s’accompli pas sans d’étranges formalités. Quand un jeune homme, après s’être fait aimer d’une jeune fille, s’est fait agréer par le père, tous ses parents et ses amis se rendent avec lui en grande cérémonie, dans la demeure de la fiancée : toutes les conditions ont été prévues et déterminées, cependant le père feint une grande surprise à la vue de ce nombreux cortège qui vient lui soumettre la demande du jeune homme. Il se lève gravement, marche vers la chambre de sa fille et cogne à la porte. Toutes les sœurs de la fiancée se sont réunies chez elle avec ses jeunes compagnes. La porte s’ouvre et toutes sortent les unes après les autres. « est ce celle-ci que vous désirez pour épouse ? demande le montagnard au jeune homme en lui désignant chaque jeune fille. –Non, répond-il ; la demande et la réponse se renouvelle jusqu’à ce qu’enfin la fiancée se présente. C’est la dernière. « voici celle que je désire » dit alors le jeune homme. « Prends la donc » répond le père en mettant la main de la jeune fille dans celle de son époux. Lorsque le jour de la cérémonie est arrêté, le marié se rend tout seul à l’église. La fiancée y marche accompagnée de sa famille et des invités, tandis que le plus proche parent du futur lui donne le bras. Avant de partir, il lui a chaussé lui-même une paire de souliers dont il lui fait présent. Dans tout le Roussillon, avant de donner la bénédiction nuptiale, les prêtres ne se contentent pas du simple oui qui s’exhale comme un soupir de la bouche tremblotante des jeunes filles, ils font répéter mot pour mot à la mariée qui rougit, et balbutie sous son voile blanc, la formule d’engagement réciproque. « Que se fassi » qu’il se fasse, répondent les assistants, et le prêtre passe l’anneau, symbole de l’alliance éternelle, aux doigts des mariés. »



Les Français peints par eux-mêmes, encyclopédie morale du XIXème siècle, volume3, L. Curmer, éditeur, p. 97-98.

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