Petits poèmes du lendemain: coiffes par Albert Bausil.

Rousilonnaises en coiffe catalane vers1900

Rousilonnaises en coiffe catalane vers 1900

Après les fêtes régionalistes de Perpignan en 1910, Albert Bausil  brosse un portrait de Perpignan qui vit, durant quelques jours, la jeunesse porter fièrement la coiffe ancestrale. 

N’est-ce pas, Manoël, qu’elles étaient jolies, sous la coiffe catalane, les filles de mon pays ?

Vous vous rappelez quand elles apparurent , le soir du concert, dans le vaste chœur de l’ancienne église, parmi toute cette joie qui tombait de la voûte rutilante, des tentures claires, des banderoles balancées ?…

Et, pendant deux jours, dans les rues en fête, aux Platanes grouillant de foule, au concert, au festival , à la bataille de fleurs, on ne croisa que des groupes de petites filles rieuses, contentes de s’en aller, comme cela, parmi le soleil, en se donnant le bras et portant, avec les robes claires, la jolie coiffe de chez nous…

Il y eut en ville comme un soulagement inatendu à les voir passer ainsi. Elles nous disaient si bien, les fines coiffes ajourées, que nous étions chez nous, en effet ? Vous entendez ce que cela veut dire…chez nous !

Aux autres , l’horrible chapeau à la mode, échafaudant des chichis de crin et des turbans de faux cheveux, tout un potager monumental et branlant ! Aux autres, les coiffures tellement honteuses d’elles-mêmes qu’elles ne subsistent qu’une saison et s’en vont, amenées par la fantaisie, tomber dans le ridicule !

Nous, nous aimons la petite coiffe de nos grand-mères, la petite coiffe ancestrale et simple qui accompagne de son étroite auréole, tout comme la médaille enclot l’effigie, l’ovale des têtes brunes et qui enserre de ses bandeaux stricts le double feston des cheveux lisses.

…dans tous ces groupes joyeux de petites filles catalanes, je revois deux têtes que tu remarquas, Manoël ! Pour la joliesse de leur allure, la beauté de leur type, et qui nous charmèrent inexprimablement.

L’une, Marinette, dans la voiture de genêts d’or et de géraniums rouges qui la promenait à la fête des fleurs, portait, avec une grâce vieillotte et délicieusement archaïque, le costume exact des senyoras de jadis. La coiffe aux ailes plus allongées formait autour du visage une fine cornette de tulle léger. Sur le corsage de soie noire, aux manches évasées, le fichu à pointe serré autour de la taille, s’échancrait à la vierge sur une croix saignante de vieux grenats du pays, alors qu’une somptueuse jupe de brocard bouton d’or s’arrondissait avec solennité et faisait, quand elle marchait, le bruit discret, automnal des feuilles mortes que l’on froisse…Elle était très amusante, la petite senyora, dans son charme inattendu. On aurait dit la jolie grand-mère que peignit Gamelin et qui, dans ma vieille maison d’Estagel, tend d’une main délicate et finette, avec son sourire à fossette, la grâce surannée d’une rose.

L’autre, Jeanne, était une vivante statuette brune. Le bonnet catalan qui affinait encore la pureté de son type, restituait à sa beauté la beauté primitive de la race, et faisait de tout elle, inconsciente et rieuse, une sorte de petite déesse latine. Le teint franchement mat sous les bandeaux bruns nimbés de dentelle, s’éclairait d’adorables yeux de caresses et de braise, comme le soleil de chez nous, et d’une bouche éclatante et fine entrouverte, comme nos manglanas, sur les grains menus des quenottes. Le fichu croisé dégageait une nuque si parfaite de ligne, un profil si purement harmonieux, que c’était de la voir l’enchantement inlassé que l’on éprouve devant les marbres antiques. Et quand elle allait, souple et légère dans l’étroite robe aux plis droits, on eut dit une sorte de petit Tanagra roussillonnais, tout animé de grâce mouvante !

Vois tu, Manoël, rien ne vaut cette grâce simple des adolescentes. A coté d’elles, les autres, les mariées, qui, elles aussi, avaient voulu joindre par coquetterie le bonnet traditionnel à l’élégance trop compliquée de leur toilette et de leur coiffure, me rappelaient les mannequins du palais du Costume à l’Exposition de 1900…

Vocabulaire :

Senyora : dame de la haute société catalane

Manglana : grenade, fruit du grenadier.

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