Costumes régionaux lors de la « Fête de la Famille » du Cours Maintenon de Perpignan en 1934.

En 1934 avait lieu une grande fête dans l’une des plus grandes institutions catholiques du département des Pyrénées-orientales, au retour des vacances de Pâques. Le costume traditionnel tient une part importante dans le système éducatif de cette période.

Dans le journal L’éveil catalan du 04 janvier 1930, on peut noter que l’Académie nationale encourage le folklore au sein de l’enseignement. « Les mânes de Pastre ont dû tressaillir. Le Bulletin de l’Enseignement Primaire des Pyrénées-Orientales s’occupe de Régionalisme. Cela mérite d’être signalé. L’Académie a longtemps boudé à la Décentralisation, et nous gardons en nos dossiers le texte de circulaires invitant les instituteurs à s’abstenir de tout geste tendant à rappeler aux enfants qu’ils sont catalans par exemple et qui pourrait déplaire aux étatistes en tout genre. Pastre avait eu le courage de dire à ses élèves non seulement qu’ils étaient d’une race forte, mais qu’ils possédaient un idiome très beau directement issu du latin, que la tradition catalane pas plus que le Folklore ne devaient pas mourir. L’invitation à écrire des monographies émane de la circulaire du 4 juillet dernier. Le résultat est brillant, il démontre en tout cas qu’il y a quelque chose de changé en haut lieu. »

Bulletin Cours Maintenon à Perpignan

Bulletin Cours Maintenon à Perpignan

 

Ce mouvement folklorique se retrouve dans la fête évoquée dans le bulletin du Cours Maintenon. « Les élèves pendant ce temps, s’apprêtent elles aussi…la partie récréative leur est réservée…tandis que les mamans affairées préparent les costumes, que cartes postales et catalogues passent de l’une à l’autre…pensez donc, faire des coiffes de Sablaises, d’Arlésiennes…de Bretonne !!!…pendant ce temps, docilement et bruyamment(elles sont si heureuses) les enfants se prêtent à tout : chants, danses locales sont vites apprises…le dévouement d’un papa, cheville ouvrière de nombreuses œuvres catholiques dans le département…nous vaut un superbe théâtre…et…nous arrivons vite au jour si impatiemment attendu : jeudi 19 avril.

A 2 heures, le rideau se lève sur un délicieux parterre de Pâquerettes endormies…Progressivement éveillées par les libellules, leurs compagnes, elles lisent dans leur destin, effeuillant pour elles, sur leur demande…l’indiscrète marguerite…Un gentil ballet termine cette saynète champêtre que la simplicité de nos petites pensionnaires rend des plus attrayants.

Mais une gracieuse marquise nous invite à un rapide et merveilleux tour de France. Nous saluons avec enthousiasme notre sœur retrouvée, l’Alsace tant aimée ! Groupe sympathique …sous leurs grands nœuds à la cocarde tricolore…ces Alsaciennes d’un jour chantent leur joie d’être à la France.

Plus vite qu’en avion, nous voilà en Bretagne…sous la diversité de leurs coiffes, très à l’aise dans leurs bruyants sabots, neuf charmantes Bretonnes chantent, dansent avec entrain la « ronde des châtaignes ».

Suivons la pittoresque côte de l’Atlantique et, nous voilà en Vendée, le « vieux pays fidèle ». Les Sablaises à l’élégante et savante coiffe, aux jupes courtes, entrent au pas rythmé de leurs authentiques sabots. Leur seyant costume soulève les applaudissements ainsi que l’interprétation pieuse et nuancée de l’Angélus de la mer.

Franchissant les monts du Limousin, nous voici en Auvergne. L’ « altière Gergovie » est devenue bien chère à nos cœurs de Catalanes. Est-ce pour cela que nos enfants ont mis tant d’enthousiasme à chanter tous ses charmes, à danser la bourrée car, elles dansèrent une bourrée authentique, exercée par une vraie Auvergnate et au rythme d’un vieil air du pays.

Cours Maintenon Perpignan

Les différents groupes costumés, Cours Maintenon Perpignan

Du pays d’Auvergne nous voilà en Roussillon. Tandis que se fredonne Montanyes Regalades. Le rideau se lève sur un groupe de Catalanes qu’accueillent de chaleureux bravos. Mais le piano prélude…en place pour la sardane. On ne se lasse pas…on bisse…on voudrait biser encore…mais le temps passe.

Toujours sur la grande bleue, nous arrivons au pays de Mistral, à la folle gaieté du Romérage. Joyeuse farandole de six grandes Arlésiennes qui, tambourins en main, gracieusement et, en cadence, chatent leur joie de vivre.

Mais un spectacle ravissant s’offre aux yeux de tous, toutes ces gaies provinciales ne font qu’un cœur, pour chanter toutes, Françaises ardentes sous leurs divers costumes, la beauté la grandeur, la foi de la France.

Nous voici de nouveau en présence de Bretonnes aux coiffes variées, aux robes bariolées. La berceuse du grand Lustucru, de l’immortel Botrel qu’elles miment doucement est très applaudie.

« Des Catalans nous sommes filles !» De vrais enfants du Roussillon sont là…une trentaine, revêtues du costume traditionnel dont leurs aïeules étaient si fières ! Qu’elles sont belles ! Leurs mamans sont heureuses de les voir dans leurs atours et que dire de leurs grand-mères ! Telle vénérable bisaïeule, fidèle aux traditions, a voulu ajuster elle-même sur les noirs cheveux courts où elle a fait revivre les bandeaux du temps passé, le bonnet de dentelle qu’elle portait le jour de ses noces…

« Il revoit le soleil pour un jour seulement » …Elle a donné sa robe aussi, gardée précieusement, vieille relique de soie noire, aux applications de perles et de dentelles ! Beaucoup ont revêtu ainsi des vêtements très anciens. Le grand châle de cachemire sur les épaules, le blanc bonnet de dentelle artistiquement posé, elles font regretter le temps où, partout, ainsi vêtues, se promenaient leurs grand-mères…et rêver avec le poète au temps où :

« Les aubes de lumière et la douceur des soirs

Verront s’épanouir en floraisons nouvelles,

Les exquises blancheurs des légères dentelles,

Encadrant de clarté la splendeur des yeux noirs. »

Source: Bulletin de l’Association des Anciennes élèves, Maintenon, huitième année, N.14, décembre 1934. 

 

 

 

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