Evénements politiques à Rivesaltes : la conscription de 1873.

L’AFFAIRE se déroule ici à RIVESALTES, elle a été notée dans les correspondances d’un Journal de l’époque. La République est au plus mal avec le départ de Thiers, et le retour du Comte de Chambord que les royalistes veulent remettre au pouvoir sous le nom de Henry V. On risque de voir disparaître le régime républicain.

 

« Audience du 23 juin 1873 à la Cour d’assises des Pyrénées Orientales :

« Le conflit, qui se déroule ici est l’une des pages les plus douloureuses de l’histoire de Rivesaltes, petite ville ordinairement calme et de mœurs paisibles.

Le sang a coulé, deux morts – l’un, un jeune homme, d’un coup de feu qui l’a foudroyé, l’autre, un vieillard, des suites de plaies graves faites à l’arme blanche, -plusieurs blessés, parmi la population et parmi la gendarmerie, tel est, en résumé, le déplorable résultat de cette échauffourée.

Le 23 mars 1873, les jeunes gens des différentes communes du canton de Rivesaltes, s’étaient rendus dans cette localité pour y procéder au tirage au sort.

Cette opération avait amené à Rivesaltes une grande concentration de population et deux brigades de gendarmerie avaient été adjointes à celle de Rivesaltes pour assurer le maintien de l’ordre.

Dès l’arrivée des gendarmes, la population prit une attitude malveillante contre la gendarmerie. Cela se manifesta sur divers points, et notamment sur la place de la mairie, où les gendarmes stationnaient.

Bientôt la foule devint très nombreuse, les gendarmes furent resserrés peu à peu contre la mairie et plusieurs individus s’approchèrent assez près pour toucher et pousser les chevaux ; des vociférations se firent alors entendre et on poussa les cris de :

« À bas les gendarmes ! À bas les royalistes ! Nous n’en voulons plus ! »

Un individu, l’accusé Preste, brandissait un drapeau dont il promenait la flamme sur la figure d’un gendarme. Celui-ci ne répondant pas à sa provocation, Preste frappa, avec la hampe du drapeau la tête du cheval, et à ce moment un individu s’avança pour essayer d’enlever le mors et la bride de ce cheval. Le gendarme ayant tiré son sabre, les clameurs devinrent plus violentes, des menaces se firent entendre. Les cris de « Lâches ! propres à rien ! brigands ! » retentirent.

Sur ordre du brigadier, le sabre fut remis au fourreau. Mais cette modération ne fit qu’encourager les auteurs de l’émeute.

Le juge de paix ayant vainement essayé de se faire entendre d’une fenêtre de la mairie, le capitaine de gendarmerie descendit et essaya de calmer la foule.

Au bout de quelques instants d’efforts, on répondit dans l’assemblée : « Le peuple ne veut pas de gendarmes, vous allez partir »

Une détonation se fit entendre au fond de la place.

Aussitôt, comme à un signal, une grêle de pavés, arrachés du sol depuis quelques minutes, fut dirigée contre les gendarmes, dont plusieurs furent atteints.

En présence de cette lâche agression, le capitaine donna l’ordre de tirer en l’air.

Mais au même moment il était atteint en pleine figure par un pavé lancé avec force, et presque en même temps un autre pavé l’atteignit au sommet de la tête.

Alors, les gendarmes, dont la vie même était menacée, tirèrent des coups de fusil sur les agresseurs, pendant que le capitaine de gendarmerie repoussait avec un sabre ceux qui l’entouraient et le menaçaient encore.

En face de cette résistance, les agresseurs prirent la fuite et la place se trouva bientôt évacuée. Plusieurs individus avaient été blessés, un autre avait été tué sur le coup.

L’animation était extrême, et des scènes de violences et de menaces se reproduisirent jusqu’au soir. L’arrivée de la force armée mit un terme à ces désordres par l’arrestation de 16 accusés dont 14 ont leur domicile à Rivesaltes, à savoir :

Les viticulteurs : Michel Bernis, Jean Jacques Bartissol, Martin-Jacques Vinches, Joseph Nanté, Balthazar et Jacques Riboulet, Jean Rancières, Jean Salles, Jean Preste, Napoléon Houguet, François Doré, le fabricant de paniers Jean Planeille, le jardinier Jacques Estève, et le menuisier Vincent Dèu.

Tous portent le costume d’ouvriers aisés. Sans qu’il soit besoin de les considérer longuement, on reconnait en eux des fils de ces régions méridionales où le soleil et le bon vin s’entraident quelquefois pour échauffer les têtes, et l’on ne peut se défendre de penser que dans cette affaire, le crû fameux de Rivesaltes a dû faire des siennes.

Ces scènes de violence se sont déroulées sur cette place qui n’est pas très vaste ; mais où plusieurs rues aboutissent, entre autres la rue de Perpignan à droite, et la rue Saint Joseph, à gauche.

À l’entrée de l’une de ces rues, nous avons pu voir encore, sur les murailles d’une maison et à la devanture d’un café, les trous creusés par les balles des révolvers de la gendarmerie.

Sur un côté de la place est une pompe fontaine. Au milieu, un platane gigantesque dresse ses branches énormes qui, en ce moment, fournissent une ombre touffue. À sa base, le tronc du platane est comme scellé dans un banc en pierre qui en fait le tour. On dit que c’est sur ce banc et dans l’espace compris entre l’arbre et la fontaine que se tenaient les lanceurs de pavés. »

 

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