Concurrence déloyale et connaissance des influences étrangères à la Province : Les loteries au XVIIIe siècle.

 La mode des loteries gagna le royaume de France sous Louis XIV et le Roussillon n’en fut pas exempt.

« Le 30 août 1685, le roi fit une petite loterie pour la maison royale, Mlle de Blois eut le gros lot, il y avoit de l’argent et des bijoux dans la loterie, et même quelques billets noirs qui n’étaient que de plaisanterie »[1].

Cet engouement se propagea tout le long du XVIIIème siècle avec des proportions importantes.

 Le corps des orfèvres avec celui des marchands s’inquiéta bientôt de cette nouvelle mode :

« Cette vogue est telle qu’elle provoque un manque à gagner pour cette profession quand les lots se composent de bijoux et de pièces d’orfèvrerie comme couverts ou bibelots ». Differentes villes du Royaume impriment un mémoire contre les marchands forains qui louent des boutiques pendant un mois, les garnissant de différentes marchandises de quincaillerie et de bijouterie fine. A l’issue de cette période, ils achèvent la vente des billets par le tirage de la loterie.

Le corps des marchands accuse les forains de vendre des objets plus que trois fois leur prix, et souvent de vendre des objets de mauvaise qualité, sans qu’ils puissent être inquiétés[2].

Cette pratique était courante à Perpignan et en Roussillon. En 1762, les consuls de Perpignan autorisent les sieurs Joseph Monès et Guillaume Glimeau, négociants de Montpellier à tirer une loterie romaine dans l’Hôtel de Ville : « Ils se trouvaient chargés de toute sorte de belles marchandises, bijouteries et autres effets d’or et d’argent dont ils avaient fait provision dans l’espérance d’en trouver un débit dans la ville et la province, qu’ayant été trompés dans leur attente, ils se trouvaient exposés vis à vis des marchands avec lesquels ils avaient pris des engagement, que pour mettre en ordre leurs affaires et trouver plus facilement un débouché pour la distribution de ces marchandises à un prix convenable et qui par la modicité engagera bien honnête gens à courir le hasard dans différents tirages répétés dans l’espérance d’en emporter les pièces d’une valeur considérable.[3] »

Cette autorisation soumet les négociants à réserver cinq pour cent des bénéfices aux administrateurs des Hôpitaux Saint Jean et de la Miséricorde. Les quelques lots non réclamés ont aussi été donnés au couvent des repenties (couvent Saint Guillem). 

Toutefois, le volume trop important de lots souvent de mauvaise qualité entraîna de nombreuses réclamations auprès des consuls qui durent les faire expertiser. Les orfèvres Jean Charpentier et Joseph Albar réalisèrent l’estimation de l’orfèvrerie et des bijoux. A la suite de cette affaire, le Conseil Souverain du Roussillon prendra un arrêt en 1766 qui interdira pareilles loteries dans la Province.

A Thuir, de manière non officielle, c’est la confrérie du Rosaire qui organise vers 1770 une loterie ou sont mises en jeu une croix d’or et une bague d’argent garnie d’une pierre rouge. Les billets valaient six deniers chacun et ont été vendus au nombre de 207[4].

[1] Littré, Dictionnaire de la langue française, Dangeau, I, 214.

[2] ADPO, 1 C 1051.

[3] ADPO, 112 EDT 123. Autorisation de messieurs les consuls, liste des lots, estimation des objets d’or et d’argent, d’horlogerie, liste des acheteurs de billets.

[4] ADPO, 167EDT273, comptes de la confrérie du Rosaire de Thuir, 1770/1775.

Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterPin on PinterestEmail this to someone
Ce contenu a été publié dans Bijouterie d’Ancien-Régime roussillonnaise, avec comme mot(s)-clé(s) , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *