Costume et bijoux roussillonnais: une différentiation régionale ancienne

Bien que la recherche ne soit exhaustive pour la période de la Renaissance, l’existence d’une mode régionale est attestée en Roussillon par le récit du marchand allemand Thomas Platter.

En effet, vers 1599, il constate que les habitants (de Perpignan) ont des costumes étonnants et différents de ce qu’il a pu voir en France : « Dans les débuts, ça me surprenait tant et plus, surtout quand il s’agissait de la mode masculine : j’étais sidéré par les chapeaux minuscules et leurs grandes fraises, et aussi par leurs pourpoints étroits, leurs larges capes et culottes. Même stupéfaction, de ma part, à la vue des femmes : leur taille de guêpe, l’immense pourtour au bas de leur robe, et la hauteur de leurs chaussures ! Ces dames jouissent de libertés analogues, à Perpignan comme à Barcelone, s’agissant de la manière de s’habiller».

A cette période le cadre référentiel de la mode est la cour d’Espagne, rôle qui sera joué un siècle plus tard par la France, et malgré cela, chaque province affirme un certain nombre de particularismes vestimentaires.

Le regard que porte la documentation écrite dite « de voyage » sous l’Ancien Régime sur le roussillonnais permet donc, en la comparant aux sources locales, de ressentir avec plus d’exactitude ces particularismes locaux. La description de Thomas Platter démontre ainsi l’existence d’une spécificité vestimentaire chez les habitants de Perpignan (et du Roussillon en général) et reflète de manière générale les multiples et étranges façons de s’habiller auxquelles sont exposés les voyageurs qui quittent leur propre région pour des contrées lointaines.

Une norme vestimentaire correspond à chaque province, voire à chaque pays (dans le sens latin de pagus), et reflète la mosaïque des « pays » qui composent les espaces européens aux 16 et 17e siècles. L’influence de la mode française dès 1630-1640 en Catalogne va alors différencier globalement le Roussillon, déjà sous contrôle de l’armée de Louis XIII du reste de l’Espagne au niveau vestimentaire. Après la ratification de l’annexion du Roussillon par la France, ce fait s’accélère.

Si des textes inédits restent encore à découvrir, il existe pour notre étude quelques intéressantes descriptions de voyageurs, une pour le XVIIe siècle, deux autres pour le XVIIIe siècle. Ces récits apportent bien moins de renseignements qu’ils ne suscitent d’interrogations, auxquelles peut toutefois en partie répondre la documentation archivistique. Ainsi, la description peu élogieuse à l’encontre de l’habillement des  perpignanais lors de la visite de Louis XIV en 1661, relevée dans les mémoires de la Grande Demoiselle, « ridicules, mal vêtus, et se sachant pas danser » doit être perçu avec beaucoup de recul.

Les hommes et les femmes y sont, nous dit on, habillés à l’espagnole et vivent de même. En effet, la cour n’aurait pu manquer de noter le caractère encore hispanique des vêtements comme des habitudes de vie ou d’usages. C’est ainsi qu’au bal, Madame de Montpensier remarque que les hommes ont « l’épée au coté et un manteau », ce qui ne devait être dans le protocole à la cour de France.

Si pour la Grande Demoiselle les hommes et les femmes sont encore habillés à l’espagnole, cela dénote à la fois le décalage entre habillement de cour et mode provinciale et la persistance de la mode espagnole comme référence. L’influence hispanique reste en effet très forte en Roussillon, avec l’usage de la fraise et des couleurs sombres qui transparaissent dans l’iconographie, usage qui disparait pour la noblesse à la fin du XVIIe siècle.

Le Roy Ladurie, (E.), Le voyage de Thomas Platter 1595-1599, t.II, Fayard, 2000, p. 415.

Marty, B., Les vêtements et les parures des femmes d’artisans et de marchands de Perpignan au début du XVIIe siècle, SASL, CIII, p.475/484.

On notera que la coquetterie féminine s’exprime jusque dans les couvents puisque « les religieuses qui sont très austères dans ce pays-ci et qui sont du même ordre, en ce pays-là sont très coquettes. Elles ont des guimpes de quintin plissé, mettent du rouge, sont même fardées et se vantent d’avoir des amants. »

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2 réponses à Costume et bijoux roussillonnais: une différentiation régionale ancienne

  1. Je reste surpris par la phrase « En effet, vers 1599, il constate que les habitants (de Perpignan) ont des costumes étonnants et différents de ce qu’il a pu voir en France ». Perpignan n’est pas encore annexée par la France à cette époque, donc rien d’étonnant à ne rien trouver de français dans la façon de s’habiller.

    • Laurent Fonquernie dit :

      Thomas Platter (1574-1628) est suisse, arrive à Montpellier pour ses études, il descends un peu plus bas à Perpignan, et y voit des  » costumes étonnants et différents de ce qu’il a pu voir en France » cela ne me semble pas incorrect, puisque Perpignan vivait alors tournée vers l’Espagne et possédait ses modes vestimentaires avec l’archaïsme d’une province lointaine.

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