Il y a 100 ans, en 1910, le grenat de Perpignan dans l’avènement du régionalisme

« Ne revoyez vous pas sur la place publique toutes ces jeunesses,

leur coiffe de dentelle crânement campée qui auréole si bien leur visage,

le châle bariolé qui permet une échancrure plus osée du corsage,

le scintillement de ces vieilles badines,

l’éclat sang et or de ces longs pendants qui,

frôlant de brunes épaules,

vous éblouissent. »

Jean Velzy (1882 –1944),
bijoutier, Discours.

A la fin du XIX e siècle, les bijoutiers de Perpignan adhérent pour la plupart au mouvement REGIONALISTE.

Joseph Charpentier, président de la chambre syndicale parle très souvent du Grenat, de ses reflets de Sang et d’or identiques à la bannière catalane. Ces bijoux symbolisent dit il « notre PETITE PATRIE ».

Le terme de « PETITE PATRIE »  qu’il emploie n’est pas anodin.

Il fait parti du discours des régionalistes, de jeunes utopistes qui s’opposent à la centralisation excessive.

Au point de vue artisanal, la révolution industrielle a partout modifié « les conditions de travail» et recentré la création sur la capitale : PARIS comme seul modèle valable.

Ce mouvement de pensée voulait qu’enfin il soit possible que chaque école de province ait son genre particulier et s’y spécialisât pour le pousser à la perfection, ainsi que le faisait alors avec brio l’école de Nancy avec des noms comme Gallé et Daum.

Un tel idéal ne pouvait que trouver écho favorable ici, dans un Roussillon qui, à la fin du XIXe s. ne se sentait encore pas parfaitement intégré à un pays en tout point dicté par les lois et les désirs de sa capitale.

La bijouterie du Grenat de Perpignan sera chez nous l’un des fers de lance de cette RENAISSANCE culturelle.

Les circonstances qui ont permis à l’ART NOUVEAU de naître et de prospérer dans un Roussillon bercé de régionalisme sont à la fois multiples, complexes et paradoxales.

Au cours des années qui suivirent l’éclosion de la bijouterie prestigieuse en Grenat à Perpignan, des penseurs multiplièrent les discours favorables à l’émergence d’une modernité éclairée par la connaissance approfondie et la relecture de la culture et des traditions locales.

Ce sentiment régional, le mouvement roussillonnais le réaffirme en 1910, les circonstances du calendrier étant alors particulièrement favorables.

En effet, si 1900 fut un seuil d’entrée dans la modernité, 1910 sera l’aboutissement de l’effervescence régionaliste, qui fait alors de Perpignan la capitale d’événements sans précédents comme la Santo Estelo qui célèbre la poésie des langues du Sud (ou FELIBRIGE), et le centenaire des Platanes, sommet des réjouissances d’un esprit roussillonnais affirmé.

Le Génie catalan, estimait-on, n’avait aucune leçon à recevoir de l’étranger, et encore moins de Paris, et c’est ce monument du « Génie catalan » voulu par le sculpteur Gustave Violet et la Société d’Estudis Catalans de Perpignan qui va murir lentement et sera rebaptisé en 1910 « LA TRADITION CATALANE» et placé au cœur même de l’Hôtel de Ville.

Une autre œuvre exalte, cette année là, la culture roussillonnaise. Il s’agit du marbre imposant de MUNTANYES REGALADES, sculpté par l’artiste Raymond Sudre, inauguré au square en 1910.

Ces deux monuments rendent encore aujourd’hui témoignage de l’esprit régionaliste, ils sont contemporains des aquarelles que la maison Velzy laissera pour toujours en héritage, symboles de la pureté des formes du bijou en grenat, de la modernité de cet artisanat qui s’imprime alors dans un Art Nouveau transcendé par l’Esprit catalan.

Pour se convaincre d’un art régional affirmé et sur de lui, la bijouterie du Grenat donne ses lettres de noblesses à une production artistique qui trouve ainsi une place spécifique dans la bijouterie française. La qualité d’exécution et la beauté de ses formes est reconnue au même titre que la joaillerie parisienne.

100 ans nous séparent de 1910, année féconde en créations et démonstration de force de la culture roussillonnaise, fière de des mille ans d’histoire, de sa langue et de ses arts décoratifs.

Aujourd’hui c’est à une NOUVELLE RENAISSANCE que les bijoutiers catalans du Grenat de Perpignan aspirent.

S’ouvrir au monde, être connu et reconnus comme des artisans d’art hors de toute frontière n’est pas chose facile.

De nouveaux moyens de communication et la revendication d’un patrimoine maintenu toujours vivant et d’un geste rare à partager pourront permettre au Grenat de perdurer dans son authenticité et de faire rêver les nouvelles générations de femmes partout dans le monde.

Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterPin on PinterestEmail this to someone
Ce contenu a été publié dans Bijouterie XXe s. roussillonnaise, Régionalisme-Folklore, avec comme mot(s)-clé(s) , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *