Le bijou en Roussillon au XVIIIe s.

Les bijoux des XVII et XVIIIe siècles sont pour la plupart connus uniquement grâce à la documentation écrite. Les fonds d’archives des Pyrénées Orientales sont en effet riches de nombreux inventaires dressés après décès afin de recenser bijoux et vêtements.  Ces inventaires, dans le cas où les bijoux ne sont pas cachés ou dispersés avant l’arrivée du notaire, apportent une idée assez précise des parures que portaient les Roussillonnaises sous l’Ancien Régime.

 En 1683, chez le notaire perpignanais Jean Ranchoup, récemment décédé, se trouvaient : « 10 bagues d’or tout à pierreries, 1 reliquaire garni d’argent doré, 1 chapelet de corail avec pater d’argent, 1 chaîne d’argent appelée clavier, 2 pendants d’or avec 10 perles à chacun et 2 pierres de vie à chacun, 1 aiguille de teste d’argent garnie d’un doblet », …

 Le concierge du Palais du Conseil Souverain laisse en 1712 : « 5 filets de perles à grenats, 2 petites croix d’or, 1 paire de boucles d’argent, 5 bagues d’or l’une (dite) massette garnie de 8 pierres violettes, l’autre d’un très petit diamant, l’autre d’une turquoise, l’autre d’œil de serpent et l’autre ronde ».

Les bijoux  féminins qui sont inventoriés au décès du mari ont été acquis après le mariage et ils ne correspondent pas à la dot de l’épouse. Cette dot est un bien propre de l’épouse et n’est pas mentionné dans les inventaires masculins.

Dans certains cas, l’époux fait donation des bijoux qu’il offrira à son épouse pendant le mariage, comme le fait en 1746 le sieur Pierre Ducup de Saint Paul à sa promise Marguerite de Collarès : 

 « En quatrième lieu, mon dit sieur futur époux donne par donation pure et irrévocable à la dit Dame de Collarès sa future épouse au cas ou elle lui survive tous les habits et joyaux qu’il pourra lui avoir donné avant et pendant le mariage »(ADPO, 3E7/245, 1746.).

Le cou des Roussillonnaises aisées s’orne souvent d’une « garganzilla » ou tour de cou à plusieurs chaînes et pierreries. En 1713, chez François Abat, bourgeois de Perpignan on trouve« une garganzilla d’or avec 17 pierres qui fut léguée par le dit sieur Abat à sa nièce ».

Dans les milieux modestes, l’acte de mariage indique un nombre restreint mais nécessaire de bijoux comme la croix d’or avec son coulant  ainsi qu’une paire de pendants d’oreilles en or tels ceux que la veuve Jonquères remet à sa fille avec toutes les pièces d’habillement, le tout neuf, le 27 mai 1736 (ADPO, 1E38).

Les bijoux en or sans pierreries sont généralement ceux que les classes sociales les plus modestes peuvent se procurer, après ceux réalisés en argent ou en « pacotille ». En effet, réalisés en or creux, c’est à dire en soudant des pièces préalablement embouties, ces bijoux très légers et fragiles sont les moins onéreux.

Un inventaire de l’an IV de la République parle d’ « une jeannette avec son cœur le tout d’or avec son ruban de soie» (ADPO, 3E22/269, n°100). Connues de nombreuses régions françaises, les croix jeannettes ou croix de Saint Jean étaient portées par les femmes de condition modeste qui louaient leur travail à l’année le 24 juin. Ces croix et leur coulant en forme de cœur sont répertoriés dans les collections publiques du Roussillon. L’une appartient à l’ermitage de Consolation, une autre à celui de Notre Dame del Coll ainsi qu’une dernière à l’église d’Espira de Conflent. Le coulant en Roussillon est généralement de grosse taille, en forme de cœur, sans décor. Trois orifices permettent de passer sur le revers un ruban de soie ou de velours.

Pour les femmes plus aisées, les inventaires de dot se composent généralement d’une bague empierrée, d’un clavier d’argent, d’une croix et de boucles d’oreilles comme le démontre le mémoire des bijoux de Mariangelle Fadavella i Gelabert, lors de son mariage en 1709, et qui se composait d’ »una masseta d’or ab set pedras violetas, un aguller de plata, uns botons d’or ab pedras violetas, una creu ab un cor ab sis perlas finas, dos fils de garnats« .

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