Prosper et Delphine Auriol: la banque à Perpignan sous le Second Empire

Prosper Auriol (1821-1870)

Prosper Auriol (1821-1870)

Prosper Auriol est le fils de Bernard Auriol né à Tuchan (Aude) le 31 octobre 1778, et  décédé à Perpignan le 17 avril 1863, fondateur avec Jean-jacques Lloubes de la Banque Lloubes et Auriol pendant l’Empire (1809). Sa mère est Catherine Lloubes, sœur de Jean-Jacques. Les affaires commerciales, bancaires et familiales étaient intimement liées entre elles. Prosper Auriol, entré dès 1843 dans la Banque familiale, a repris avec Auguste Lloubes l’activité des fondateurs en 1863, à la mort de Jean Jacques. Auguste Lloubes avait été auparavant le maire de Perpignan pendant le coup d’Etat de Louis Napoléon et l’avait accepté.

Pourtant, Prosper Auriol père fut engagé pendant le Second Empire dans le camp républicain. Il est avec Massot, Farines, Escarguel, Testory et Laffon un des cofondateurs et actionnaires du journal républicain L’Indépendant lors de sa renaissance en septembre 1868. Lors de l’élection législative du 24 mai 1869, Prosper Auriol compte parmi les défenseurs de la candidature d’Emmanuel Arago contre les candidats officiels Justin Durand et Victor Calmettes.

L’administration bonapartiste avait tout mis en œuvre pour contrer cette candidature d’Emmanuel Arago. Il s’agissait en effet de faire taire l’opposition républicaine montante dans les Pyrénées-Orientales, ce qui montrait que l’état impérial pouvait renouer avec les pratiques de l’Empire autoritaire des années 1850. Attaqué par le préfet et divers détracteurs dans la presse bonapartiste, Arago parvient à constituer un comité autour de lui, dans lesquels figurent « les plus ardents démocrates », selon les mots d’Horace Chauvet. Prosper Auriol est de ceux là. Néanmoins, Emmanuel Arago perd l’élection et les candidats officiels sont élus au corps législatif.

 

Après la chute de Sedan, la République proclamée à Paris installe à Perpignan les hommes de l’Indépendant. Lazare Escarguel est maire de Perpignan et Pierre Lefranc un préfet éphémère (quelques jours seulement). Prosper Auriol est membre de la commission municipale dirigée par Lazare Escarguel.

Lazare Escarguel, photo Petit, Paris

Lazare Escarguel, photo Petit, Paris

Il y vote la levée de l’état de siège du département des Pyrénées-Orientales, décidée le 20 août précédent ainsi que la suppression immédiate, le 16 septembre, des écoles primaires communales congréganistes de la ville de Perpignan et la remise de ces écoles à des instituteurs laïcs.

La banque a pris en 1866 la raison sociale de Banque Auriol à la suite du décès d’Auguste Lloubes en 1866, trois ans seulement après son père Jean-Jacques. Cependant, Prosper meurt lui aussi prématurément en 1870, à 49 ans, laissant deux fils trop jeunes pour prendre sa suite dans les affaires : Prosper fils (1861-1944) et Georges Auriol. Son épouse, Delphine née Cazes, sœur de Gustave Cazes décide de poursuivre l’activité pour assurer un avenir à ses enfants. Ceux-ci porteront la Banque Auriol à un haut degré de prospérité jusqu’à l’arrêt de l’activité en 1924.

Mme Prosper Auriol

Mme Prosper Auriol

Portrait de Delphine Auriol qui portera la banque Auriol suite au décès de son mari, démontrant, par la richesse de son costume, du statut social de cette famille dans la société roussillonnaise du Second-Empire.

En effet lorsque Prosper Auriol père meurt à 49 ans, le 9 novembre 1870, son épouse Delphine Auriol née Cazes poursuit l’activité « pour conserver une situation à ses fils encore mineurs ». Pour cela, elle peut compter sur Isaac Levy, fondé de pouvoir de la banque, et sur son propre frère, Gustave Cazes, qui était également très investi dans l’économie viticole.

La banque Veuve Auriol & fils réalise alors d’excellentes affaires pendant les années 1870. En effet, les Pyrénées-Orientales et l’Aude sont épargnées par le phylloxéra qui ravage alors le Var, le Gard et l’Hérault. Les prix du vin augmentent considérablement. Les propriétaires prospèrent de la ruine des voisins et s’endettent fortement pour étendre leur production.

Le réseau des intermédiaires financiers habituels (les proches puis les notaires) ne suffit plus. En quelques années, les banques locales se développent et se partagent entre le financement du négoce des vins et les prêts sur hypothèques aux propriétaires pour l’achat et la plantation de vignobles.

Les inspecteurs de la Banque de France présentent la Banque Veuve Auriol comme « une bonne maison, disposant de dépôts sûrs issus de la famille essentiellement ». Elle réalise d’excellentes opérations avec les grands propriétaires, les négociants importants de la place comme Alfred Sauvy, mais son principal client est l’entreprise de papiers à cigarettes Bardou-Job.

SOURCES : Arch. Banque de France (Paris), Rapports d’Inspection 1877-1924, Dossier des conseillers – AVP 1E 32 – ADPO 124W408 – BONET 2004, p 83-97-98 – CHAUVET 1909, p 194-195 – 199-221 – SARDA, 2002, p 353.

Biographie réalisée par Nicolas MARTY, Maître de conférences d’histoire contemporaine, Université de Perpignan Via Domitia
centre de Recherches sur l’Histoire des Sociétés Méditerranéennes.

http://auriol.free.fr/Perso/Nom_Auriol/AURIOL-Prosper-pere.htm

Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterPin on PinterestEmail this to someone
Ce contenu a été publié dans Costumes - Modes - Bijoux, IIIe République, Second Empire. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *