A un essaim de jeunes filles, Josep Sebastià PONS.

Vous qui vous essayez au pas nouveau de la sardane,

Joignant les mains et votre honnêteté avec le rire d’or

Auquel la danse invite, vous réveillez notre passé en vous

Concertant ainsi.

Cette coiffe blanche et arrondie, serrée sur votre front,

Où l’avez-vous choisie ? Où reposait-elle, à tout jamais

Oubliée de notre âge ? Serait-ce par hasard qu’elle vous

Agrée plus que toute autre coiffure ?

Dans quelle armoire avez-vous découvert le châle rose

Et vert qui vous couvre de l’épaule à la ceinture ?

Ondoyant dans le rythme de la musique, si doux qu’il

Paraît mouillé, il laisse voir la brune fleur de votre cou.

Tandis que l’espadrille joue et saute, liée à la cheville,

Je vois sur la joue fraîche un grenat qui toujours tremble

Et avive son éclat, et la joie de nos aïeux

S’éclaire sur le pli de vos lèvres.

Car c’est ainsi et avec de semblables parures que

Dansaient les filles et les femmes des vieux

Artisans. Les flambeaux, dressés au crépuscule, brûlaient

Dans tous les coins sur la place de la Loge de Mer.

Et maintenant vous regrettez ces airs qui se déroulaient

Doucement du haut de l’échafaudage, les bons

Cornemuseux, les flageolets vaillants et sonores, et la

vive franchise d’une ronde d’or dans la nuit resplendissante et profonde.

Si votre jeunesse s’épanouit maintenant, ainsi que la

Claire fleur que la hampe géante de l’aloès balance à

Peine dans l’azur, vous avez voulu vous rappeler que

Vous aviez vos racines à Perpignan.

Vous sentez jaillir dans votre corps le sang de notre

Race antique. Un rythme séculaire vous lie encore, avec

Un ordre mystérieux, qui toujours se renouvelle, et fait

La jeune fille semblable à l’aïeule.

C’est au passé, ô jeunes filles, que vous devez vos

Tresses noires, l’aimable perfection de votre sein, ces cils

Epais, la clarté sereine du regard et les câlineries du

Langage.

Ainsi joignez les mains, levez vos bras dans la douceur

Du rythme, mêlant vos pas à droite et à gauche. Le

Calice de la fleur du grenadier, quand la danse est plus

 vive, semble éclater, vermeil, sur votre joue.

Source : Canta-Perdiu, Paris, 1925.

Couple de danseurs catalans, archives C. Grando, BU Perpignan.
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