Encore des bals pour se montrer

A son arrivée à Perpignan, le général de Castellane s’installe à l’hôtel de l’Europe. « je comptais rester à l’Hôtel de l’Europe, ne pensant pas séjourner plus d’un mois à Perpignan, le mois changea en quatorze ans. Il en est ainsi souvent des prévisions humaines ». La période est alors très tendue, ce qui n’empêche pas le général d’organiser son premier bal, « où avec les deux cents officiers de la garnison, il y avait quatre cent personnes. On a compté quarante six femmes, et on dit que c’est énorme pour un premier bal. On prétend que j’ai fait un tour de force à Perpignan, parce qu’il y avait des gens de toute opinion. »

L’émulation pour les bals allait ouvrir à Perpignan une période faste. Le préfet lui-même organise chaque année un bal et celui de 1834 compta quatre cent personnes. Celui de 1835 du général de Castellane, à cause de la pluie battante n’en compta que trois cent, et seulement cinquante femmes.

« Dans ce pays ci, on compte sur le beau temps et les dames de la société viennent au bal à pied. Plusieurs cependant sont venues dans leur équipage de campagne. Toujours madame Durand, vit son attelage accrocher un char à bans à glaces qui contenait les femmes du médecin, du chirurgien en chef et du directeur de l’hôpital militaire. Il fut remarqué à ce bal les toilettes fort recherchées des dames, il y avait de belles personnes, et abondance d’officiers pour danser. »

Lors d’un autre bal, Castellane remarque : « on s’étonne que, dans une ville de dix huit mille âmes, on puisse réunir autant de jolies femmes mises avec recherche. Les Roussillonnaises ont généralement de la grâce ; elles sont surtout remarquables par leurs yeux noirs, beaux et vifs« . Cette élite féminine issue de la bourgeoisie commerciale, de la noblesse ou du commandement militaire fait la mode à Perpignan, même dans les liesses plus populaires comme le carnaval.

En 1842, un grand bal costumé fut l’occasion de réunir plus de cinq cent personnes. Les femmes ont rivalisé entre elles à qui aurait le plus beau costume. « Chacun est d’accord pour dire que c’est le plus beau bal de particuliers qu’on eût vu ici ; le fait est qu’à Paris, je n’ai jamais vu de bal costumé plus beau. »

Sur le portrait de la très belle Perpétue de çagarriga, née de llucia, en 1843, peu de bijoux sinon un bracelet en or au poignet droit. Elle a très certainement participé aux bals organisés par le général de Castellane.

Traditionnel, le bal du Jeudi-gras (1842) est donné au théâtre de la ville, celui du mardi-gras est aussi l’occasion pour les jeunes gens d’organiser des bals pour les grisettes, les jeunes filles des classes plus modestes.

Ces grisettes « ont toutes un bonnet à la catalane avec un ruban de couleur autour ; la plupart ont des souliers blancs, elles ont généralement les yeux expressifs. La ligne des mamans avec des bonnets ronds, sans ornements ; en arrière, celle des jeunes personnes, est unique.  »

En réjouissance du mardi gras qui précède la mercredi des cendres, les cavalcades masquées se succèdent à Perpignan. La coutume est de se jeter des dragées ce jour là. On loue des tambours et l’on fait un vacarme épouvantable dans les rues. Les festivités du carnaval s’achèvent le mercredi des cendres à la Fontaine d’Amour, « toutes les classes s’y rendent, il y a bien dix mille personnes.» Ces réjouissances sont alors l’occasion de se montrer dans ses plus beaux atours.

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