Grenats de Perpignan, grenats des Pyrénées-Orientales

et quelques autres richesses minérales liées à l’histoire du département des Pyrénées-Orientales.

Maurice Courtet

Une rapide présentation…

Situé dans le département des Pyrénées-Orientales, à une vingtaine de kilomètres de la frontière espagnole et à deux pas de la méditerranée, Perpignan compte quelques 110.000 habitants. Autrefois dernière ville du nord-est de l’Espagne, elle fît partie de l’intégration du Roussillon à la France en 1659 lors de la signature du traité des Pyrénées qui devait mettre provisoirement un terme à de nombreuses années de conflit opposant les Habsbourg d’Espagne aux Bourbon. Du fait de sa localisation à l’extrême sud ou peut-être par manque de publicité sur la présence de minéraux « nobles », on a trop oublié que Perpignan et sa région ont livré des richesses minéralogiques intéressantes.

 …à un sujet plus coloré .

La preuve en est que l’argent, l’or et les grenats ont bien été exploités dans les Pyrénées-Orientales; ces minéraux constituent de fidèles alliés qui ont fait la réputation des argenters (orfèvres) et des bijoutiers-joailliers de Perpignan . Aujourd’hui l’exploitation des deux métaux précieux et la fabrication des pièces d’orfèvrerie religieuse 1 ont cessé; il ne reste plus qu’une activité de bijouterie autour de la gemme bien qu’il ne fasse aucun doute que cette dernière soit issue de pays tels Madagascar, le Sri-Lanka … Cependant, le grenat  est resté au centre d’une tradition bien ancrée dans la bijouterie roussillonnaise. Ainsi le vingt-sept août 1965, lors du « Voyage de Dali à Perpignan », les bijoutiers Henri et Robert Ducommun offrirent une mouche en or ornée de grenats à Gala, épouse du célébrissime peintre. La veille de l’événement, un journaliste, se laissant inspirer par le phrasé du maître, rapportait la préparation de la cérémonie dans les colonnes de l’Indépendant : « Une jeune fille viendra offrir, sur un coussin aux couleurs catalanes, une bague que le divin Dali remettra immédiatement à Gala… au milieu d’une véritable petite fortune de grenats catalans, ces bijoutiers ont choisi les pierres les plus pures ».

Au dix-neuvième siècle et jusqu’en 1920, la pierre écarlate connut un véritable engouement. A Perpignan elle faisait d’ailleurs l’objet d’une activité de bijouterie-joaillerie dynamique dont une partie de la production était même exportée vers l’Algérie et l’Espagne, la place de  Barcelone était alors un client important des bijoutiers perpignanais. En 1920, une soixantaine d’ouvriers montaient encore le grenat; en 1919, 35 877 objets en or étaient présentés au Contrôle de la Garantie, et 39 300 en 1920. Les années qui suivirent connurent, hélas, un net fléchissement des productions ; les hausses du prix des matières premières, de la main d’œuvre et des taxes appliquées aux objets de luxe conduisirent les fabricants à majorer de façon importante les prix de leurs productions. Les acheteurs devaient finalement se détourner progressivement de ce qu’ils considéraient auparavant, du fait de leur prix très raisonnable, comme des bijoux de fantaisie.

Il est probable que l’utilisation du grenat ait connu son essor à Perpignan dès le milieu du dix-huitième siècle, à la faveur de la découverte de gisements d’almandin aux environs d’Estagel. Il est en revanche plus difficile de dater précisément les premières apparitions du grenat sur les bijoux catalans, bien que quelques chefs-d’œuvre de la joaillerie locale attestent de leur ancienneté. Ainsi, parmi les exemples les plus significatifs, le médaillon reliquaire d’Elne fabriqué au quatorzième siècle et classé monument historique : expression d’un savoir-faire ancestral, il est  composé d’une agate ciselée montée sur argent doré représentant le visage, de profil, d’un  dignitaire de l’église et d’un entourage de 17 grenats (18 à l’origine, l’un d’eux s’est desserti) taillés en cabochons ronds, qui soulignent superbement les traits du personnage. La croix abbatiale de Saint-Michel-de-Cuxa, ornée de la pierre qui évoque la couleur du sang du Christ et dont la fabrication remonterait aux environs de 1600, contribue également à illustrer le rôle éminent tenu par les grenats dans l’art religieux et dans l’esthétique des pièces de joaillerie qui ont marqué l’histoire de la région.

 Des précisions sur l’origine des grenats catalans…

Il est peu fait état de l’exploitation des grenats dans les documents d’archives, celle-ci s’est exercée, semble-t-il, pour l’essentiel de façon aléatoire dans des petits gisements qui ont produit ponctuellement. Par ailleurs, ce type d’activité ne nécessitait pas de déclaration auprès de l’administration ; la loi sur les mines et les carrières du 21 avril 1810 précise : « L’exploitation des carrières à ciel ouvert a lieu sans permission, sous la simple surveillance de la police ». Ainsi, une carrière destinée à l’extraction de la dite pierre aurait été active aux alentours de 1750 à proximité de Caladroi, petit village du Fenouillèdes situé sur la commune de Bélesta. De même, un article paru dans « Terres catalanes » en 1998 cite les archives du B.R.G.M de Montpellier, dans lesquelles une ancienne exploitation de grenats alluvionnaires est signalée dans la rivière Agly, à proximité d’Estagel.

D’autres gisements auraient aussi été exploités de façon sporadique dans les massifs du Canigou et de Costabonne, mais encore une fois la documentation, lorsqu’elle existe, se révèle très imprécise. Dans un document des archives départementales, datant du dix-neuvième siècle, il est écrit  : « les grenats aux belles teintes coquelicot sont recherchés par les joailliers. Gisements : montagne de Costa Bona ». Le gisement de Caladroi est également mentionné (sans qu’il soit toutefois précisé son éventuelle exploitation pour des gemmes) : « On trouve des grenats trapézoidaux à 24 facettes dans une roche composée de feldspath blanc, de quartz blanc et mica argentin à Caladroy ».

En 1922, J.Charpentier fils, bijoutier à perpignan se désolait déjà du fait que la gemme catalane n’était plus qu’un souvenir : « Si le grenat est très répandu dans les montagnes des Pyrénées-Orientales, il y est en petite quantité. L’exploitation entreprise ne rapportant pas suffisamment, fut abandonnée »… »Les bijoutiers durent se résoudre à faire venir de l’étranger ce que le sous-sol de leur pays leur donnait avec trop de parcimonie ». Ce même bijoutier précisait peu après que les pierres brutes étaient alors importées de Siriam au Pégu (actuellement région du bas Irawady en Birmanie, située au nord-est de Rangoon) ; d’autres sources mentionnent les célèbres gisements de Bohême en république tchèque. Les pierres étaient ensuite envoyées dans le Jura pour être taillées. Depuis, le travail a été délocalisé vers l’Allemagne, à Idar-oberstein, petite ville de Rhénanie dont l’activité principale est la taille des pierres précieuses.

Pourtant, la spécificité de la taille de la pierre a été intégralement préservée, elle se nomme  « taille Perpignan ». De même, l’appellation « Grenat de Perpignan » est devenue une marque déposée, un « Institut du grenat » a d’ailleurs été créé.

Qu’en est-il des grenats présents dans les gisements du département ?

Le grenat est omniprésent dans les Pyrénées-orientales, du Fenouillèdes au massif du Canigou en passant par les Albères. Quant à la présence de beaux exemplaires dudit minéral dans les collections locales, sous la forme de ses variétés grossulaire, almandin-pyrope ou encore andradite, elle n’emprunte en rien à la légende ; les échantillons que l’on m’a aimablement présentés en sont la preuve.

D’emblée, précisons que l’article n’ambitionne aucunement dresser une liste exhaustive des gisements, que leurs localisations sont demeurées volontairement imprécises, ceci afin d’attester de la présence d’un minéral et non d’établir un itinéraire de prospection. Les fouilles et autres récoltes sur le terrain sont hélas désormais le plus souvent interdites, voire fortement réglementées.

 Fenouillèdes :

L’almandin est bien présent à Caladroi et s’il demeure très improbable de pouvoir encore y rencontrer des échantillons de qualité gemme, les cristaux sont en général bien formés et de dimension très honorable, dépassant parfois le cm. Leur couleur est souvent brune, mais le rouge tirant sur le violet est également signalé. La pureté laisse en revanche à désirer, les cristaux sont le plus fréquemment pierreux, exceptionnellement translucides. Lors d’une visite dans ce petit village, des grenats de belle dimension peuvent être observés à l’une des entrées du bâtiment de la propriété viticole, enchâssés dans les pierres ayant servi à la construction ; ils ont malheureusement été très dégradés par les intempéries.

Restons dans le Fenouillèdes près de Felluns où l’andradite s’exprime parfois en gros cristaux noirs, brillants et pouvant atteindre plusieurs cm de diamètre. La collection de Robert Boher, trésorier du Club Minéralogique Catalan, contient plusieurs exemplaires de cette provenance qui présentent des cristaux noirs de 5 à 8mm, très lumineux. L’un des échantillons est même composé d’une association de grenats, de cristaux centimétriques de magnétite et d’une baguette de scapolite mesurant 4cm environ.

Dans les environs de Fenouillet le grossulaire peut également être rencontré. Cependant, il s’exprime en cristaux engagés dans une gangue de feldspath  et ne présente que peu d’intérêt esthétique.

Enfin, à Latour-De-France, l’almandin est présent en cristaux centimétriques bien formés, de couleur brune à brun tirant sur le rouge. Les cristallisations sont le plus souvent opaques  mais parfois aussi translucides. Un collectionneur m’a confié avoir trouvé autrefois dans un ruisseau des environs de nombreux petits cristaux roulés, de qualité gemme, dont les plus importants mesuraient entre 4 et 6 mm dans leur plus grande dimension.

  Dans le Vallespir :

Le gisement le plus connu est certainement celui du Pic de Costabonne où le grossulaire et l’andradite sont représentés. Les cristaux de grossulaire que j’ai pu admirer dans les collections sont certes de taille modeste, souvent très bien formés, brillants, mais opaques. Des cristaux de tailles plus importantes, pouvant atteindre 2 à 3cm ont été signalés ; ceux de petites dimensions sont parfois jaunes à rouge-orangé et partiellement transparents. Concernant l’andradite, soulignons que les échantillons de Costabonne sont cités dans la littérature comme étant les meilleurs de France.

L’ancienne mine de fer de Batère, dont l’exploitation s’est arrêtée en 1994, a également permis la découverte d’échantillons d’almandin de taille parfois importante (certains cristaux dépassaient les 3cm). Ces derniers n’auraient cependant constitué que rarement des échantillons esthétiques.

A Montbolo, proche du Mas Carbonell, des petits grenats grossulaires spessartites de couleur rouge sont signalés, engagés dans leur gangue  de pyrrhotite et sans intérêt esthétique. Toutefois, des découvertes anciennes mentionnent des cristaux bien formés et mesurant plusieurs centimètres de diamètre.

Sur la commune de Reynes, une variété de composition chimique située entre le grossulaire et l’andradite est présente aux environs de Roca Gelera. Elle s’y exprime en petits cristaux qui peuvent rarement devenir centimétriques, de couleur rouge et parfois associés à la calcite.

Dans le secteur de Py, notamment au ravin de Tonnet, des grenats grossulaires de taille centimétrique, légèrement rosés à orange, ont été récoltés. La collection de Robert Boher contient quelques exemplaires intéressants de cette provenance.

Massif du Canigou :

Des grossulaires y sont signalés, le plus fréquemment en petits cristaux, mais aussi parfois de dimension dépassant le cm, de couleur rouge et bien formés. La collection Guitard, offerte au musée de Tautavel au début des années 1990, comprend plusieurs exemplaires remarquables de grenats des Pyrénées-Orientales et notamment du Canigou. Cette collection, dont un catalogue est disponible depuis la fin du mois d’avril 2010, n’est hélas pas accessible au public.

Au début du vingtième siècle, M. Octave Mengel (1863- 1944), directeur de l’observatoire de Perpignan et auteur d’écrits sur la géologie des Pyrénées-Orientales, fait don à M.  le Professeur Lacroix d’un échantillon de « grenats grossulaires rouge-hyacinthe situés dans une géode », récolté par le donateur au Pic du Canigou. En 1922, M. J. Charpentier fils signale l’échantillon dans les collections du Muséum d’Histoire Naturelle de Paris.

Les environs de la célèbre abbaye de Saint-Martin du Canigou se distinguent également par la présence du grossulaire où il a été rencontré en cristaux d’un rouge sombre, avec les sommets des arêtes parfois transparents, et dont le diamètre  peut atteindre plusieurs centimètres.

Le pic Barbet est connu pour ses belles cristallisations, parfois translucides, de grossulaire rouge-orangé ; la taille des cristaux peut parfois dépasser le centimètre. Certaines anciennes prospections auraient même révélé des échantillons présentant des cristaux pluricentimétriques.

Massif des Albères :

Les environs de Collioure sont cités pour le grossulaire-spessartine présent dans les skarns, au lieu-dit « le Ravaner ». Il s’y est développé le plus fréquemment en cristaux de taille modeste, parfois transparents, mais on peut aussi le rencontrer en cristaux opaques de taille supérieure au cm. Ainsi, la collection de Robert Boher contient plusieurs échantillons sur lesquels on peu observer des cristallisations aux arêtes bien définies et de dimension dépassant largement le cm.

Quelques autres pierres qui furent citées autrefois…

En 1717, l’intendant du Roussillon mentionne des pierres fines, aux couleurs variées, découvertes sur le territoire de Reynes, près de la chapelle de Saint-Vincent; il ajoute peu après que sur le même territoire a été découvert « Une veine de pierre cristalline tirant sur la couleur de la topaze« . Les moyens dont disposaient alors les scientifiques locaux ne permettant pas de déterminer la nature exacte du minéral, l’auteur du rapport précise que des échantillons ont été envoyés à Paris pour examen. 

Dans le « Voyage pittoresque de la France », publié en 1787 et consacré pour partie au Roussillon, le docteur Joseph Carrère (1740- 1802), professeur d’anatomie et de chirurgie à la faculté de médecine de Perpignan, écrit : « On trouve des topazes au bas du Pic-de-Bugarach, et à Massanet au lieu appelé Sainte Colombe ». De même, il est dit plus loin : « On trouve des pierres très dures, noires, brillantes sans même avoir été polies, à notre Dame-du-Coral, en Vallespir; on en forme des grains dont on fait des colliers et des chapelets ».

 Un aperçu de l’activité minière dans le département.

De nombreux gisements de fer, cuivre, or, argent et autres minéraux, qui furent exploités avec plus ou moins de réussite, sont signalés dans les Pyrénées-Orientales. Ils déclenchèrent parfois des conflits d’intérêts : « Le Sieur Coste découvrit des mines depuis 1709 jusqu’à 1731 en Roussillon, mais la compagnie Royale de Galabin, qui existoit alors, avoit pour directeur le Sieur Ferrier qui prétendit que toutes ces mines devoient lui appartenir » (Le Monnier. 1739).

Le premier document d’archives recensé remonte à 1146; il mentionne l’attribution d’une concession pour l’exploitation de l’argent à Coume de Boxéda que se disputaient alors l’abbé de Sainte-Marie d’Arles et le Vicomte de Castelnou. Le litige devait d’ailleurs nécessiter l’intervention de Monseigneur Udalgar, évêque d’Elne; finalement un compromis attribua la propriété de la mine à parts égales aux deux rivaux.

En fait, les récits et autres descriptifs se rapportant au métal blanc sont nombreux dans la littérature ancienne. Ainsi, en 1196, alors que le Roussillon était sous la domination des Rois d’Aragon, une autorisation est accordée par le Roi Pierre II  au monastère d’Arles pour l’exploitation de l’argent situé au lieu-dit Pugalduc. En 1425, par une ordonnance, le Roi AlphonseV , dit « Le magnifique »,  mandate le procureur royal du Roussillon pour l’exécution de toutes les démarches se rapportant à l’exploitation d’un gisement d’argent récemment découvert sur le territoire de Montbolo.

Dans un document déposé aux archives départementales, daté de 1723, l’abbé Raguet, venu de Paris avec pour mission l’inventaire des richesses du sous-sol de la région,  mentionne une mine d’argent à Montferrer, à la Serra de Bassaguda, située à quatre heures de marche de Saint-Laurent de Cerdans, où il assure avoir vu « quarante quintaux de matière tirée » ; cette mine avait d’ailleurs été citée en 1717 par Villaroja alors chargé par l’intendant du Roussillon du suivi des recherches des minerais. L’abbé Raguet localise ensuite un autre filon d’argent près du ruisseau de Monells qui descend de l’Estagnol à Montferrer; il précise la proximité d’une maison nommée de Fargas. Une mine d’argent est également recensée dans le massif du Canigou, dans le secteur de Baillestavy, dans laquelle on pénétrait « comme dans un puits ».

Le Monnier, membre de l’Académie Royale des Sciences, médecin du Roi, est à l’origine  d’un rapport rédigé en 1739 et consacré aux ressources minières du Roussillon. L’auteur y énumère les divers gisements d’argent qu’il a visités dans le département :  « Un filon de quatre pieds, dans la viguerie de Conflans, terroir de Balleftin, col de la Galline »  puis, « Au village de Mezous près Perpignan, un filon riche en argent », de même à proximité de Sorède : « Près de Lavaill, mine de cuivre tenant argent en deux filons voisins », il signale aussi une mine  « Au terroir de San Colgat » avec un filon d’une puissance  « D’un demi travers de doigt dans une roche bleuâtre »..  A la fin du dix-huitième siècle, le Docteur Carrère cite également ce dernier gisement, mais avec une puissance de  » deux travers de doigts ».

Enfin, un arrêté ministériel en date du 29 novembre 1894, prononce la déchéance des propriétaires pour une concession de mine d’argent et de plomb à Lamanère.

On peut noter qu’au dix-huitième siècle, les témoignages qui signalent la présence de divers minerais deviennent plus nombreux (bien évidemment ils ne sont pas tous cités dans cet article) notamment suite à l’intervention, en 1717, du Duc d’Orléans qui avait demandé aux intendants des provinces d’établir un inventaire des ressources minérales de chaque département. Les richesses présumées du sous-sol semblent alors avoir été l’objet de spéculations des plus audacieuses. Bien que la présence de minerais métalliques dans le département soit avérée, qu’ils soient précieux ou d’un usage plus courant, son rapport a certainement subit l’influence du Régent, puis du jeune Roi Louis xv qui, en 1722,  assurait que :  » Les mines et minières seront un des plus riches objets que nous puissions avoir dans notre Royaume, si nous pouvons parvenir à le mettre en valeur ; ce qui procurerait l’abondance à nos sujets en leur donnant en même temps de l’occupation, et rendrait le commerce de notre Etat plus florissant  en multipliant les matières précieuses qui en font tout le mobile ».

Cet emballement a dû sans aucun doute contribuer à la constitution, en 1731, d’une « Compagnie Royale » dont le siège se situait à la Preste (village proche de Prats-de-Mollo) et qui avait pour mission l’exploitation des mines du Roussillon.

Cependant, la réalité devait se révéler plus contrastée. Dans un courrier du Duc de Noailles adressé à l’intendant du Roussillon, l’histoire de la dite compagnie est ainsi résumée : « Cette entreprise a eu jusqu’à présent le même sort que la plupart de celles de cette espèce, c’est-à-dire que tout s’en est allé en fumée ». En effet, la compagnie avait dû cesser son activité dès 1737, soit six ans après sa création. 

Autre métal précieux, l’or est présent dans de nombreux torrents et rivières du département; il semble y avoir été exploité jusqu’au dix-huitième par des orpailleurs ou « orenguers » qui pratiquaient cette activité en complément de revenu. En 1603, le procureur Royal du Roussillon accorde à un habitant de Fourques le droit de chercher l’or dans le sable des rivières et des torrents du Roussillon. En 1613, un droit pour le même type de recherche est accordé par le procureur Royal dans les rivières Têt et tech ; ce même droit est renouvelé en 1622.

A partir du dix-huitième siècle, la recherche du métal se poursuit également dans le sous-sol grâce au creusement  de galeries. En 1787, le docteur Joseph Carrère mentionne une mine d’or située à la « Jasse des Anyels ». Une autre mine comprenant six galeries a été exploitée à partir du début du vingtième siècle et jusqu’en 1922 à proximité de Serrabona.

Enfin, la dernière exploitation du métal eu lieu à la mine de Glorianes, localisée à proximité du petit village éponyme distant de quelques kilomètres de Vinça . Le gisement aurait été découvert par des bergers en 1902, mais l’essentiel de son exploitation s’est déroulé entre 1922 (date d’attribution de la concession sur 1080 hectares) et 1924, pour se poursuivre finalement de 1938 à 1939. Le minerai pouvait présenter une teneur allant jusqu’à 24g d’or et 300g d’argent par tonne ; l’extraction s’est faite en tranchées, par décapage, mais aussi en galeries dont le réseau s’étend sur environ 1700m. La guerre devait entraîner un arrêt définitif de l’activité et la concession était abandonnée en 1967, malgré une nouvelle demande de recherche déposée en 1968.

Des sondages du B.R.G.M, effectués en 1987, devaient évaluer les réserves à 25 000 tonnes de minerai, avec une teneur moyenne pour l’or de 18g /tonne et 25g/tonne pour l’argent. Ces résultats n’ont, pour l’instant, pas suscité de réel enthousiasme de la part d’éventuels investisseurs. Le site est actuellement propriété de la COGEMA.

Apparemment dans le département l’or ne représente plus, pour l’instant, un intérêt économique suffisant pour justifier son exploitation. On peut néanmoins le rencontrer en paillettes ou plus rarement en petites pépites dans nombre de rivières et torrents. Ainsi en 2005, un prospecteur chanceux a découvert une pépite de 4,87grammes dans un ruisseau des pyrénées-Orientales. Notons qu’en 1750 dans l’Ariège, département voisin, une pépite de 15 grammes avait été déposée auprès du changeur du Roi à Pamiers. Pas de quoi déclencher la ruée vers un nouvel eldorado me direz-vous!…

Bien qu’il n’ait pas le prestige de ses deux illustres prédécesseurs, le minerai de fer est à ce point présent dans les Pyrénées-Orientales qu’il serait bien injuste de ne pas lui accorder un paragraphe, d’autant qu’il a été l’objet d’une intense activité d’extraction et de traitement.

Les gisements du massif du Canigou sont même connus depuis l’époque gallo-romaine. Dans le département, la métallurgie était une industrie encore prospère à la fin du dix-huitième siècle; cependant elle devait connaître un ralentissement progressif dès le siècle suivant.

En 1787, le Docteur Carrère écrit : « Le fer est fabriqué dans vingt-deux forges du Conflent et du Vallespir » ; un article paru dans l’Abeille Roussillonnaise le 11 avril 1885 mentionne : « Les fondeurs sont au nombre de six, dont deux pour le cuivre ; notre département, dont les forges Catalanes étaient en si grand renom autrefois, ne possèdent guère aujourd’hui que quelques établissements ».              

L’exploitation du fer devait toutefois continuer encore plus d’un siècle, jusqu’en 1994, à Batère, sur le versant sud du Canigou. Le minerai extrait, constitué d’hématite dans les couches oxydées proches de la surface et de sidérite dans les couches profondes, semble y avoir été exploité sérieusement à partir du milieu du dix-huitième siècle. Une concession fut accordée au Marquis de Vogué le premier avril 1830, puis reprise ensuite en1897 par M. Monin, maître de forges à Arles-sur-Tech, et c’est un an plus tard que naquit la Société Anonyme des mines de fer de Batère. L’histoire de la mine fut émaillée de drames tels les terribles inondations de 1940, dont l’une des origines fut probablement la déforestation exagérée du massif pour l’emploi du bois dans le traitement du minerai, empêchant ainsi au couvert végétal de limiter le ruissellement des eaux, ou encore l’incendie qui détruisit une partie des installations en 1948.  Le travail devait perdre progressivement en intensité, seules 55 personnes étaient encore employées par la société en 1980 ; la production journalière se situait alors aux alentours de 500 tonnes de minerai (sidérite). Ce dernier était transporté par des camions de la mine jusqu’aux broyeurs, puis un convoyeur à bande l’acheminait vers des wagonnets qui le transportaient ensuite sur 9km par voie aérienne (téléphérique) jusqu’à Arles-Sur-Tech où il subissait un traitement d’enrichissement par grillage. Le produit obtenu était enfin dirigé vers les hauts-fourneaux de Decazeville, de Fos-sur-Mer ou encore vers les aciéries du Creuzot.

Remerciements : J’ai pris un très grand plaisir à rencontrer des gens passionnés, dont la gentillesse et la grande disponibilité ont été pour moi des éléments déterminants dans la poursuite de ma quête d’informations. Je remercie tout particulièrement C. Berbain dont les conseils m’ont été précieux. Je n’oublie pas les collectionneurs, tels R. Boher, B. Delory, qui,  par leurs récits de prospections et la mise à disposition d’échantillons pour la prise de photos, m’ont permis d’affiner mes écrits et de les illustrer. Mes remerciements vont également au personnel et au conservateur du M.H.N de Perpignan. Je salue enfin la patience dont m’a témoigné le personnel des archives de la ville de Perpignan et celui des archives départementales lors de mes recherches qui n’ont, hélas, pas  toujours été aussi fructueuses qu’attendues.

Bibliographie:

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Charpentier.J: « Les grenats »- l’industrie dans les Pyrénées-Orientales- (enquête du journal L’indépendant). 1923.

Fonquernie. Laurent: » Grenats de Perpignan- Bijoux du Roussillon ». Société Agricole, Scientifique et Littéraire des Pyrénées-Orientales. 2006

Fonteille .M et Guitard. G: « Sur les conditions de formation du grenat almandin et de la staurotide dans les métapélites mésozonales herciniennes des Pyrénées-Orientales

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2 réponses à Grenats de Perpignan, grenats des Pyrénées-Orientales

  1. Votre site est très agréable pour le prospecteur que je suis , je peux préciser que les sites à grenats débordent côté espagnol notamment au Cap Creu à la pointe Est des Albères, mais ce n’était pas votre sujet , encore merci pour cette étude très bien documentée.
    Il y a une vingtaine d’années, j’ai pas mal prospecté les PO et trouvé quelques échantillons représentatifs des grenats de la région.

    • Courtet Maurice dit :

      Les grenats sont effectivement bien représentés côté espagnol. Pour rester côté français, le département des Pyrénées-Orientales compte de nombreux gisements de ce minéral, certains connus… mais très probablement aussi, bien d’autres à découvrir. En revanche, lors de mes prospections, je n’ai jamais trouvé d’échantillons susceptibles d’être taillés et donc utilisables en bijouterie…

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