Une roussillonnaise à la mode : Antoinette Durand (17 janvier 1810-18 juin 1878)

Parmi les femmes qui eurent un grand rôle dans l’évolution de la mode roussillonnaise, nous ne pourrions passer sous silence l’une des plus importantes : Antoinette Durand, née de çagarriga. Issue de la noblesse la plus ancienne du Roussillon, la jeune Antoinette allait passer une dizaine d’années à se former et recevoir une bonne éducation à l’Institution de la Légion d’Honneur, à Saint Denis près de Paris. Revenue jeune femme à Perpignan, mariée à l’un des meilleurs partis de la ville, Antoinette possède une beauté certaine qui sera toute sa vie mise en relief par un caractère vif, un grand esprit littéraire et une religiosité assumée.

Dans les correspondances qui lui furent adressées tout au long de sa vie, certains célèbreront la « limpidité de vos yeux et la délicate fraicheur de votre figure…vos bandeaux s’harmonisent à merveille avec votre ovale parfait….je vous souhaite de rester la plus belle toujours… »

Le poète Duvernuy fit rimer quelques vers en son honneur :

« Madame, vous avez la beauté souveraine,

La grâce de l’enfant, la pose d’une reine,

Vous avez la beauté

Que l’on rêve la nuit lorsqu’enivrés de vivre

Nous écoutons des chants amoureux que nous livre

Une brise d’été. »

On retrouve le souvenir de la belle Antoinette notamment dans les mémoires du général de Castellane. Celui-ci organisera à son arrivée à Perpignan après 1830 de nombreux bals. Lors d’un de ces bals privés à l’hôtel de l’Europe, « la belle madame Durand de çagarriga, épouse du banquier Justin Durand fut rappelée à l’ordre par son mari car elle semblait par trop apprécier les galops effrénés avec le jeune lieutenant Leflo du 2eme léger. Elle dut quitter précipitamment les lieux« . Suite à d’autres petits incidents, le général de Castellane quitta l’hôtel de l’Europe pour un appartement en ville.

Au bal de 1835, à cause de la pluie battante on ne compta que trois cent convives, et seulement cinquante femmes. « Dans ce pays ci, on compte sur le beau temps et les dames de la société viennent au bal à pied. Plusieurs cependant sont venues dans leur équipage de campagne. Toujours madame Durand, vit son attelage accrocher un char à bans à glaces qui contenait les femmes du médecin, du chirurgien en chef et du directeur de l’hôpital militaire. Il fut remarqué à ce bal les toilettes fort recherchées des dames, « il y avait de belles personnes, et abondance d’officiers pour danser… »

On comprend bien que la jeune Antoinette était une personne pleine de vie. Son aura provenait outre de son esprit, de sa bonté et de ses amitiés littéraires, bien plus encore de sa façon de paraître au quotidien comme lors des réceptions. Ses tenues avaient aussi pour effet de valoriser sa personnalité. Les portraits conservés de cette « Dame » montrent l’évolution des tenues entre la Restauration des Bourbons et le Second Empire, de l’image peinte à l’image photographique. De cette nouvelle mode des crinolines, un correspondant lui écrit sur son retour de la capitale : « que vous allez être belle avec toutes ces nouvelles toilettes, cette jolie capote de crêpe, cette ombrelle ! » Il va sans dire qu’Antoinette Durand a fait office d’ambassadrice de la mode parisienne en Roussillon et plus particulièrement à Perpignan. Nous savons que sa confidente, madame Lagarde, la comparait à « un aimant qui attire tout le monde élégant de perpignan ».

Chacune de ses toilettes était agrémentée de bijoux assortis. L’inventaire des biens de son mari en révèle un grand nombre : bracelet de pierres rouges, cœur de pierres rouges incrusté de brillants, paire de dormeuses, broche en argent doré avec un cabochon et des perles, broche en forme d’étoile comportant perles et rubis, collier en argent doré avec pampilles de perles, paire de boucles d’oreilles violettes, bague de genre espagnol, collier de grenats, deux bagues, une parure, une boucle de corsage, une parure émaillée, deux médaillons à cheveux. A cela s’ajoutent d’autres bijoux dont certains comportant des diamants, donnés aux nièces par Justin Durand à la mort de son épouse.

Vers la meme période, une autre femme à la mode : Léonie Bardou.

Justin Durand, banquier, député des Pyrénées-Orientales, fut la personne la plus imposable en son temps en Roussillon, pour ainsi dire, il fut le « plus riche » de ses habitants. Malgré l’aisance et la bonté dont fit preuve son épouse, le couple allait mourir sans descendants….laissant une immense fortune.

Bibliographie : Roland SERRRES-BRIA, Un couple célèbre, Antoinette et Justin Durand, Les Presses Littéraires, 2010, 230 p.

http://www.mediterranees.net/museum/cagarriga.html

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Une réponse à Une roussillonnaise à la mode : Antoinette Durand (17 janvier 1810-18 juin 1878)

  1. Rosa dit :

    Molt interessant. De debó. Vides privades que tenen una importància gran en la societat dels seu temps. Era molt elegant

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