La gaine Chiquita, une réussite industrielle perpignanaise.

Les Etats-Unis 

photo de la Gaine Chiquita pour publicité, 1954.

photo de la Gaine Chiquita pour publicité, 1954.

Aux Etats-Unis, en 1951, la gaine Chiquita est copiée par la maison Macy’s. Malgré cela, en 1954, H.C. Diogène se dit certain de la réussite totale aux USA pour la vente de sa gaine Chiquita. « Pour cela il faut pouvoir la fabriquer sur place avec des machines circulaires ». Des pourparlers sont entrepris avec la firme Hollywood Maxwell, fabricants de bonneterie au travers de l’agent J.Le Durdinier à Los Angeles : envoi de pantalons, gaines… et du modèle Schiaparelli (modèle copié de l’original). A cette époque, le développement de la fabrication des soutiens gorges et des corsets est considérable aux USA et seuls les produits de luxe français peuvent y trouver une clientèle, Diogène en est conscient.

Le Durdinier accuse la réception d’une douzaine de gaines : « nous avons essayé de les placer chez des movies stars, clientes riches, etc… » Diogène propose de livrer de petites quantités de l’ordre de cent gaines par mois pour les maisons de luxe. Le Durdinier forme le projet de se passer d’Hollywood Maxwell (réticents à fabriquer eux-mêmes les gaines et à monter de toute pièce cette nouvelle production), et de créer une compagnie afin de se servir des profits éventuels pour fabriquer directement sur place. Les prix de douanes sont alors de 27.5 %. En 1956, les produits perpignanais sont reconnus comme attrayants et bien faits aux Etats-Unis mais trop onéreux en matière de droits, les gaines se plaçant dans la catégorie la plus chère. American Astral Corporation à New-York est alors intéressée pour diffuser dans tout le pays la gaine Chiquita. Une opportunité de vente avec le Mexique est même envisagée en avril 1952.

J. le Durdinier à Los Angeles en 1953

J. le Durdinier à Los Angeles en 1953

Le marché scandinave

Le premier envoi d’échantillons (12 gaines Chiquita) a lieu le 16 mai 1951. A cette date s’accorde sur deux points : la fabrication en Scandinavie ne sera entreprise qu’au moment ou il sera possible d’importer les machines nécessaires, et Diogène tient à former à Perpignan la personne responsable de diriger la production. Expédition de 42 gaines au pris de 1900 francs. Kanter n’est pas favorable à une dépose de brevet en Scandinavie et demande à Diogène de révoquer ces demandes. Des panneaux publicitaires sont aussi envoyés et remis par Kanter aux meilleurs clients du Danemark et de Suède. Nikolai Kanter avait prévu de rencontrer Diogène à Perpignan mais en octobre 1951. Le décès de sa femme annule cette visite. Le fils Kanter reprend l’affaire. Un sérieux litige oppose Kanter à Diogène, sur une redevance sur les ventes que ne veut pas accepter Kanter, évoquant qu’il achète directement les Chiquita finies à Davidoff en Suisse. Cette maison de Copenhague dit aussi traiter avec la maison Scandale à Lyon, avec qui elle ne paye aucunes royalties sur les ventes de produits finis importés mais seulement sur les fabrications à bases des brevets Scandale. Le 12 nov. 1951, Axel Kaufmann en Norvège informe Diogène que les royalties prévues au contrat seront à payer sur le droit à fabriquer et à vendre Chiquita en Scandinavie. Il pense que le brevet ne sera pas obtenu en Scandinavie (avis défavorable du Swedish patent office 23 oct. 1952), Kaufmann et Kanter sont en relation avec Davidoff à Genève et comme le marché scandinave est un marché restreint, ils prévoient seulement de vendre les Chiquita et non les produire. Il faut alors que Diogène règle les frais de demande de dépôt auprès de l’agent des patentes à Copenhague Chas. Hude. La dépose du brevet pose des problèmes, Diogène se rétractant suite à l’information parue dans un journal américain transmise par Kanter que le brevet danois serait mis en opposition à cause d’un brevet américain (protection d’un mode de guipage de fil élastique différent de la fabrication Chiquita). Le brevet déposé par Diogène ne concerne pas le fil de gomme employé mais bien le nouveau tricot obtenu. Le 4 février 1952, Diogène est mis en demeure afin de recouvrement des frais  de dépôt des droits pour la Scandinavie.

Entête de l'entreprise kanter's Copenhague.

Entête de l’entreprise kanter’s Copenhague.

En effet malgré les accords passés, Kanter dépose les demandes de brevet à son nom et pas à celui de Diogène ! Entre temps, Diogène avait tout de même fait parvenir d’Allemagne une machine qui lui a coûté près d’un million de francs pour faciliter l’organisation de la production dans les pays scandinaves.

Enfin on ne saurait oublier l’intrusion des productions perpignanaises en Afrique noire, au Congo Belge, ou suite aux publicités parues dans Adam et dans le Chemisier Français, des contacts sont pris par l’agent M. Komblanvi Tchimp de Léopoldville en 1956. Un accord est trouvé afin de vendre des cravates dans ce pays. Sont envoyées les cravates viscoses, les nœuds Eddie et catalans, les bretelles Diolastik et Hélanca. Ces transactions très compliquées s’achèvent en 1958.

Conclusion

 Cette courte étude des archives privées couvrant seulement une dizaine d’années permet de donner un aperçu assez concis de la vitalité industrielle du secteur de la bonneterie sur le secteur de Perpignan dans le sud de la France.

Toute cette énergie et cette inventivité ne vont toutefois pas suffire à faire vivre la gaine Chiquita jusqu’à nos jours. Les gaines des années 1950 vont peu à peu être abandonnées à cause des nécessités de la mode. L’activité débordante de H.C.Diogène, qui demanda une énergie extrêmement importante face à des industriels et des législations aux positions souvent divergentes, fut aussi vaincue dans son propre pays par la concurrence de groupes puissants et l’apparition des grandes surfaces.

La fin des années 1960 marque l’abandon de la fabrication des gaines. En 1974, un an avant sa mort, c’est son fils Gérard (1925-1996) qui reprend l’entreprise et déplace les locaux au 7 cours Palmarole, sur une superficie moins importante.

Existant encore aujourd’hui sur Perpignan, l’entreprise « troisième génération » continue à fabriquer en petites séries des cravates et de petits accessoires pour l’enfant.

Le succès de Chiquita reste encore présent dans la mémoire locale. On pourra vraiment en saisir toute l’importance grâce à l’étude approfondie des archives de cette entreprise si dynamique des Pyrénées-Orientales pour la période contemporaine. Ces archives sont en dépôt aux Archives Municipales de la Ville de Perpignan (délibération de décembre 2012).

Henri Claude Diogène, entrepreneur dynamique, développa une entreprise de lingerie de luxe des plus intéressantes. Un exemple qui démontre la place prépondérante qu’a toujours eu l’activité textile dans le bassin de Perpignan.

Vidal 1954 pub Chiquita

Vidal 1954 pub Chiquita

 

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