“On apporte des choses nouvelles, mais on garde la base” : depuis 1804, la bijouterie Calvet sublime le grenat catalan

Entre héritage familial et création contemporaine, la bijouterie Calvet perpétue depuis 1804 un savoir-faire rare et protégé autour du grenat de Perpignan, tout en séduisant une nouvelle génération d’amateurs.

C’est l’une des plus anciennes bijouteries familiales de France. Créée en 1804, la maison Calvet, rue des Marchands, à Prades, a vu sept générations se succéder derrière ses vitrines. À l’étage, un petit musée rassemble anciens outils, pièces d’époque et souvenirs de l’atelier. Toute une mémoire du métier conservée dans cette boutique où Catherine Calvet représente aujourd’hui la nouvelle génération. “J’ai toujours été là, raconte-t-elle. Mes grands-parents habitaient à l’étage, moi aussi jusqu’à mes onze ans.”

Au fil des années, l’activité a beaucoup changé. “À une époque, ils vendaient de tout. Des luminaires, de l’argenterie, même des tourne-disques.” Aujourd’hui, la maison s’est recentrée sur le grenat de Perpignan, devenu sa spécialité. Ce bijou emblématique de la culture catalane a pourtant bien failli disparaître. “Quand j’étais petite, il y en avait très peu en vitrine. Trois colliers, quelques bagues, deux croix… ce n’était plus vraiment à la mode.”

Dans les années 1990, plusieurs artisans locaux décident alors de relancer la filière. “Soit on le laissait mourir, soit on le remettait au goût du jour.” Depuis, le grenat a retrouvé sa place. Les modèles ont évolué, les collections aussi, tout en conservant les gestes traditionnels. Une dizaine d’ateliers perpétuent encore ce savoir-faire dans les Pyrénées-Orientales. Un savoir-faire rare et protégé depuis 2018 par une indication géographique, qui garantit une fabrication artisanale locale et le respect des techniques historiques du grenat de Perpignan. “On est contrôlés, audités. Ce n’est pas un simple label touristique.”

Dans l’atelier, chaque pièce continue d’être fabriquée à la main. “On façonne chaque pierre une à une. Même lorsqu’un modèle est reproduit, il reste unique, souligne Catherine Calvet. Moi, je dessine. Ensuite, on échange avec l’atelier, on observe les pierres, ce qui fonctionne ou non. L’objectif est de créer des bijoux qui parlent aux gens d’ici.”

Un “Gus d’or” pour remettre le grenat au goût du jour

L’année 2025 a marqué un nouveau tournant avec une opération menée pour l’Épiphanie avec le dessinateur Pontou, créateur de la bande dessinée Patufet, la papillothèque perpignanaise Galia Grau et plusieurs boulangers des Pyrénées-Orientales. Pour l’occasion, des fèves à l’effigie des personnages de la BD ont été glissées dans près de 50 000 galettes des rois. La plus recherchée, tel le ticket d’or de Willy Wonka, était l’escargot Gus avec une coquille dorée à l’or fin.

Les personnes qui trouvaient ce “Beau Gus d’or” (un clin d’œil amusant au Bocuse d’or) participaient alors à un tirage au sort pour tenter de gagner un bijou créé spécialement par la bijouterie Calvet. “Le dessin imaginé avec Pontou a été retravaillé dans l’atelier pour devenir un pendentif en or serti d’un véritable grenat de Perpignan, explique Catherine Calvet. L’opération a offert un vrai coup de projecteur au grenat catalan et au savoir-faire local. Les gens ont vraiment joué le jeu.” Une manière atypique de faire revenir le grenat dans le quotidien des Catalans, loin de l’image du bijou transmis uniquement pour les grandes occasions.

Publié le 22/05/2026 à 11:41

Article rédigé par Estelle Puig le 22/05/2026 pour le journal L’Indépendant.

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