costumes et bijoux traditionnels de la Catalogne Française

Le département des Pyrénées Orientales se compose de l’ancienne province de Roussillon, de la Cerdagne française (deux territoires catalans) et d’un territoire de culture occitane : les Fenouillèdes, dont le costume est à rapprocher de celui du département de l’Aude.

–                   Les costumes traditionnels catalans

Les années 1830 voient naître un grand nombre de lithographies qui s’attachent à décrire les costumes et les types locaux. En 1833, A. Bayot imprime chez le lithographe Vidal « collection des costumes Roussillonnais » qui donne une image assez précise des façons dont s’habillaient les habitants du département, ce qui n’est pas le cas de certaines gravures des « Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France » du baron Taylor consacré au Roussillon. Un journaliste s’étonne et écrit en 1835 : « nous regrettons pareillement que la vérité du costume n’ait pas été conservée dans les figures si habillement introduites pour animer la scène. Le vêtement  des paysans choque les yeux des roussillonnais habitués à la vue du long bonnet catalan pour les hommes et du bonnet rond et de la capuche pour les femmes ».

A cette époque le costume catalan désigne celui des « personnes du peuple ou de la campagne qui portent le costume national, c’est à dire le long bonnet rouge dont le bout flottant tombe sur les épaules, une veste et un pantalon de velours, une ceinture rouge et des espadrilles aux pieds ». (Henry, 1823)

Les femmes portent alors des peignes « à la girafe » qui donnent plus de hauteur au bonnet de la coiffe. La capuche (caputxa) « qui descend jusqu’au milieu du dos et qui est noire ou blanche, ne tient à aucune partie du vêtement : c’est une pièce d’étoffe doublée sur sa longueur et cousue à l’un de ses bouts. On l’arrête sur la coiffe avec une épingle. » Repliée carrément sur la tête lorsqu’elle est embarrassée, la capuche sinon est portée repliée sur le bras. (Hugo, 1833) Les femmes arborent la coiffe catalane : « un petit bonnet garni à la catalane d’un dentelle cousue à plat et descendant sur le front .» (A.Tastu, 1842) Une dernière coiffure est le mouchoir carré, « el mocador » ajusté sur le front, retombant sur les épaules et agrafé sous le menton par un épingle.

L’abandon progressif du costume traditionnel apparaît très tôt, notamment dans un poème d’Etienne Arago en 1841 (SASL, T.5). On remarque en effet des modifications notables dues à l’adaptation à la mode et dont le principal résultat est l’abandon de l’habit catalan masculin d’une manière rapide et progressive dès la premier tiers du XIX e siècle. D’un usage pratique, il subsiste chez les pécheurs, les bergers ainsi que les gitans sédentaires jusqu’au début du XXe siècle.

Le costume féminin s’appauvrit après 1870, avec l’arrivée en masse des robes confectionnées distribuées par les grands magasins de Perpignan. Seule la coiffe portée par les avias (grand mères) vêtues de noir et parées du tablier donnent aux passéistes du milieu du XX e siècle un image faussée de la richesse des costumes des Roussillonnaises et des Cerdanes un siècle plus tôt.

 Costume masculin

Sur la chemise dont le col est fermé par un mouchoir coloré et noué devant, les hommes portaient une petite veste de velours sombre cintrée assortie au pantalon ou à la culotte ou étaient cousus des boutons de cuivre doré. Caractéristique, la ceinture (la faixa) est une bande d’étoffe rouge qui s’enroule autour de la taille en laissant pendre un bout sur le coté. Les espadrilles (espardenyas ou vigatanas) fabriquées dans la région de Saint Laurent de Cerdans (Haut Vallespir) sont des sandales à semelle de corde, lacées le long de la cheville.  La tête est parée du bonnet de laine rouge feutrée et doublée de noir (la barretina) qui se portait long et en arrière sur les épaules dans la première moitié du XIX e siècle puis petit et replié sur l’avant jusqu’à nos jours. Le chapeau de feutre était aussi d’usage.

 Costume féminin

La Roussillonnaise :

Trois éléments distinguent véritablement le costume des catalanes : la coiffe constituée de plusieurs éléments : bonnet de tissus, dessous de coiffe en satin noir puis dentelles amidonnées ; les espadrilles lassées ainsi que les bijoux en or creux qui ont laissé au cours du XIX e siècle s’imposer la bijouterie en grenat. Les femmes âgées portaient le mouchoir de tête de forme pyramidale. Le caraco noir bordé de dentelles tuyautées permet d’ajuster à sa large encolure la pointe de dentelle ou de soie noire brodée de motifs floraux. Le jupon piqué pour l’hiver est porté sous la jupe avec un large tablier sans bavette. Pour ne pas salir leur jupe, les paysannes font un nœud sur les reins des deux bords de la jupe remontés jusqu’à la ceinture. La capuche en fin tissus de laine blanche, noire ou brune retombe sur les épaules ; sa découpe est arrondie.

La Cerdagnole :

La coiffe des femmes de Cerdagne est constituée d’une résille de soie qui entoure la tête avec de petits rubans festonnés, tout en laissant libre le front, réseau qui descends au milieu du dos terminé par de petits boutons d’argent. L’ensemble est agrémenté d’un fichu de mousseline noué sous le menton. Les boucles d’oreilles pendent sur les épaules et répondent aux broderies d’or et d’argent du fichu ou de la pointe de soie. Les femmes portent des bas de fine laine ou de soie qu’elles fabriquent elles-mêmes pendant le long hiver. La capuche est terminée par une pointe tournée vers le haut et réalisée dans la découpe. Ce costume est réalisé dans des étoffes de laine épaisse à cause du froid, mais un aspect indéniablement hispanique transparaît dans le goût des enjolivements (boutons à pierreries, broderies d’or et de petits miroirs…).

Des bijoux spécifiques :

Les bijoux roussillonnais caractérisent également le costume féminin avec des productions de grande qualité en or creux (carbassettes et fileuses) ou bien à pierreries en argent et surtout en or et grenats, utilisant la technique du serti clos avec paillon. La croix traditionnelle qualifiée de croix « Badine » à cause du tremblement de sa partie basse du à une charnière dissimulée. Cette bijouterie est encore très prisée et reste avec le port des vigatanas le dernier rempart d’une spécificité vestimentaire typiquement locale.

De la disparition au stéréotype

Le costume traditionnel voit son déclin commencer dès la fin de la première moitié du XIX e  siècle. Les passéistes s’en inquiètent, cherchant à conserver l’authenticité d’un habillement sans cesse en évolution. Le recueil des costumes roussillonnais de 1833 fige ainsi très tôt les catalans dans des cadres de vie ou des expressions très précis (femmes à la fontaine, Catalan buvant à la régalade, ermite portant la capelleta…) et imprime un certain nombre de stéréotypes repris ensuite par les peintres régionaux puis par la carte postale. Alors que la coiffe et la barretina disparaissent après-guerre, ces deux emblèmes envahissent la publicité des productions locales. Le Catalan et la Catalane chantés par les poètes sont devenus mythiques, ayant complètement disparu du paysage, hormis lors des représentations des groupes folkloriques.

Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterPin on PinterestEmail this to someone
Ce contenu a été publié dans Bijouterie XIXe s., Bijoux traditionnels, Restauration. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Une réponse à costumes et bijoux traditionnels de la Catalogne Française

  1. Rosa M. Martín i Ros dit :

    Magnífic article. Molt ben documentat i molt ben escrit. Et felicito Laurent.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *