Destruction des bijoux anciens au cours du temps.

Au cours des siècles la tradition d’offrir un bijou à l’occasion d’un vœu exaucé s’est perpétuée en Roussillon sans interruption jusqu’au XXe siècle. La ferveur entourant la Vierge et certains saints ont ainsi permis d’accumuler de véritables trésors de médailles, chapelets et ex-voto corporels (yeux, mains, seins…) mais aussi de bijoux civils qui ornaient les statues à l’identique des personnes.

Pourtant la disparition de ces bijoux fût progressive. L’usage qui voulait que ces bijoux trop nombreux soient fondus pour réaliser des vases sacrés ou des couronnes a probablement détruit de manière régulière les pièces anciennes de la période médiévale. Au XVIIIe siècle, l’orfèvre Tarbal achète au conseil de fabrique un certain nombre d’anneaux et boucles d’oreilles afin de réaliser la couronne de Thuir.La Révolution Française a aussi causé la destruction irrémédiable de ces trésors en obligeant les fabriques à se dessaisir de l’argenterie afin d’aider la Nation.

 Nous pouvons citer le cas des bijoux de la Vierge de Juhègues (commune de Torreilles) qui ont été remis à la Monnaie de Perpignan pour y être fondus en juillet et août 1792.

« Je soussigné directeur de la Monnoye de Perpignan déclare avoir reçu de M. Tastu procureur du district de Perpignan les articles ci après mentionnés provenant de l’hermitage de Jouegues : 6 bagues d’or garnies en pierreries, 3 petites plaques d’argent, 2 calices avec leur patène, 2 couronnes d’argent garnies en pierres, 4 bagues et 4 morceaux idem, 2 paires pendants en or et une bague d’or garnie d’une pierre.»

La ville de Prats de Mollo envoie le 22 Floréal an II :

« Deux pendants d’oreilles, un pico( ?) en pierres rouges, deux pendants d’oreilles en or, deux boucles d’oreilles, une petite croix.»

A la cathédrale de Perpignan, les anciens bustes reliquaires des saintes patronnes du diocèse, Julie et Eulalie, en argent doré étaient parés de petites boucles d’oreilles d’argent enrichies de quelques diamants. L’ensemble a malheureusement été fondu sous la Révolution Française.

Soumis aux soins de différentes personnes, les collections peuvent même varier, comme le prouve la carte postale du début du XX° siècle et les bijoux actuels de ND de Domanova, quelque peu différents.

Le vol a été pour les périodes récentes mais aussi plus anciennes un important facteur de pertes irrémédiables. En 1867, l’ermitage de Notre Dame de Vie, près du village de Fuilla fut victime d’un vol important perpétré par un espagnol nommé Llobet, se disant ouvrier tisserand. Il séquestre les deux ermites et part le lendemain matin avec calice, patène ainsi que les bijoux de la Vierge.

Une autre pratique a été le démontage des bijoux et l’intégration des pierres dans des pièces d’orfèvrerie religieuse. Les exemples sont nombreux.


ADPO, 167EDT271, en 1765, nombreux achats de bijoux probablement en contrepartie du prix de la couronne de Thuir.

ADPO, 1Qp465, biens nationaux.

ADPO, 1Qp349, état de l’argenterie des églises du district de Céret remis à la Monnaie.

ADPO, 1Qp348, Etat de l’argenterie du chapitre de la cathédrale de Perpignan, vers 1791.

Les bijoux de Domanova sont conservés à l’Hospici d’Ille-sur-Tet.

Le journal des P.O., 1 février 1867.

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