Le bijou traditionnel en Poitou

 


Au début du 19e siècle se développent des ateliers de bijouterie comme ceux de Niort. Ils vont répondre aux besoins d’une clientèle de plus en plus aisée de propriétaires et d’artisans-commerçants, formant alors une nouvelle bourgeoisie.

Les bijoux les plus caractéristiques de cette région sont par exemple les agrafes de mante (vêtement d’extérieur sans manche et parfois pourvu d’une capuche). Ces agrafes métalliques en argent sont cousues sur chacun des pans du vêtement pour permettre de fermer ce dernier à l’aide d’une chaînette. La fonction utilitaire de l’agrafe de mante en fait aussi un objet très décoré. Les premiers modèles sont inspirés par les bijoux à pierreries et surtout ceux en acier à décor en « pointes de diamant » polis et brillants. Ils sont exécutés au repoussé, dans une feuille d’argent assez mince. On y soude ensuite le crochet et la patte. Un peu plus tard vers 1840, conjointement à l’apparition des chaînettes reliant les deux parties, on soude au revers des demi-coques des anneaux permettant une fixation invisible. Ces demi-coques sont réalisées à partir d’une mince feuille d’argent emboutie sur des matrices. Dès lors les agrafes de mantes connaissent une très grande variété : en corbeille, entourée d’une guirlande et de godrons ou de perles, palmette, grosse fleur, ajourée ou pas, en gerbe, etc…

Autre élément de la parure, le crochet de châtelaine à ciseaux existe au 18e siècle. Inspiré de la châtelaine médiévale ou clavier (« pendant à clés »). Ces bijoux se répandent dans toutes les classes sociales au début du siècle suivant grâce à l’amélioration du niveau de vie en milieu rural. On les fabrique en argent et très rarement en or. Niort a été incontestablement le lieu de fabrication le plus important du Poitou, très loin devant toutes les autres villes et l’on reconnaît facilement à leur style les modèles sortis des ateliers de cette cité où s’illustrèrent les Quantin, les Loze, les Charrier, Renoux etc…

En Poitou et en Charente la forme générale est celle d’une plaque ornementale, le corps, qui se replie pour former la patte du crochet, amincie et assez étroite (1 cm dans la majorité des cas), puis se termine en pointe ou en spatule. L’extrémité de la partie visible, qui est presque toujours ornée, est perforée pour permettre la fixation d’une ou plusieurs chaînettes par l’intermédiaire d’une esse (crochet en forme de S) ou d’un anneau. Ce bijou, à caractère utilitaire, connaît un succès énorme dans certaines régions et tout particulièrement en Deux-Sèvres où il n’est pas rare d’en trouver cinq ou six par famille. Il semble que ce fut souvent un cadeau symbolique du fiancé à son élue. Le bijou indiquait dès lors le pouvoir de la femme mariée en tant que maîtresse de maison. Mais certaines jeunes filles le possèdent déjà bien avant le mariage et l’on connaît de petits exemplaires manifestement destinés aux fillettes qui apprenaient couture et broderie dès le plus jeune âge.

La très grande majorité des modèles affecte la forme d’un cœur et présente un décor exclusivement floral, gravé au burin, dénotant une incontestable maîtrise de ces artisans qui répètent à l’infini les mêmes motifs issus pour la plupart de l’iconographie galante du 18e siècle : corbeille, rose, pensée, nœud de rubans. D’autres empruntent au néoclassicisme la lyre, assez fréquente, mais on rencontre aussi le bouquet de fleurs dans une corbeille ou dans un vase à deux anses, voire la fleur seule et bien plus rarement, une main d’où pendait la chaîne.

La croix Jeannette est un bijou que les jeunes filles s’offraient traditionnellement à la Saint Jean, date de leur embauche, à l’aide de leurs premiers gages. Cette croix Jeannette, tout comme le cœur qui sert de coulant connaît un grand succès à partir de 1840.

« … De temps immémorial, les servantes dans nos campagnes portaient des croix d’or suspendues à un ruban noir ; on appelle ces croix Jeannette parce qu’elles se donnent ou s’achètent à la Saint Jean, époque ordinaire des changements de condition… » Extrait de L’observateur des Modes, 1826.

La croix de ce type a été souvent produite en série dans de grands ateliers situés à Paris. Elle succède en fait, dans la seconde moitié du 19e siècle, à des modèles de croix régionaux plus spécifiques et fréquents aux 18e et début 19e siècles. Toutefois on connaît peu de croix typiquement poitevines (forme de croix latine à section rectangulaire curieusement terminée en bas par une petite hampe).

Tout comme les agrafes de mantes, les cœurs et les croix sont formés de deux moitiés de bijou emboutis et ensuite assemblés. Ces dernières sont obtenues à l’aide de matrices : des blocs d’acier ne dépassant pas la dimension de la paume de la main, finement gravés en creux et possédant parfois une contrepartie (partie mâle) ou positif d’acier ou de cuivre.

Le Poitou et son ancienne capitale Poitiers a eu peut être une croix à pierres imposantes comme dans d’autres provinces comme le montre certains portraits.

Cœur, symbolisant l’amour, et croix, témoignant de la foi, sont également portés sur une chaîne jaseron (chaîne de cou aux mailles très fines) en or ou en doublé, qui est la plus répandue de toutes les chaînes, voire la seule utilisée pendant longtemps. Son origine est fort ancienne puisqu’on en connaît des mentions dès le 16e siècle.

Le plus important des colliers en usage dans la région du Poitou est l’esclavage ou collier à plaques. Très apprécié au 18e siècle, il est cité par Trévoux dans son dictionnaire (1752), il ne se répand progressivement en milieu rural où il reste rare avant 1840.

« …Je lui ai donné mes pendants d’oreilles, ma jeannette d’or, mon esclavage, mon épinglette et de l’argent et de tout… » Extrait de Jules Barbey d’Aurevilly : L’ensorcelée.

Son système de fixation des plaques implique l’utilisation de plusieurs chaînes où les jaserons sont les plus abondantes, parisiennes, sortes d’anneaux en huit repliés sur eux-mêmes, ou en paillettes émaillées aux motifs les plus variés. Les modèles les plus anciens peuvent posséder des plaques carrées en or, gravées de motifs floraux, mais aussi ovales à plusieurs entourages et bâtes perlées avec médaillons en émaux peints sur fond de paillons d’or.

D’autres plaques, spécialement à partir de 1850 environ, adoptent une forme ovale horizontale entourée de S disposés en rinceaux, et ornés de pierres d’imitation enchatonnées d’argent. Les colliers les plus riches ont trois plaques et trois à cinq rangs de chaînes, ou brins. Les plus modestes n’ont qu’une plaque. L’assemblage des esclavages se faisait à la demande chez le bijoutier qui fixait les chaînes jaserons. Beaucoup de colliers ont des éléments fabriqués à des dates différentes, les fermoirs claviers étant souvent de fabrication locale alors que les plaques sont parisiennes.

Extrait de : Les bijoux traditionnels poitevins, catalogue des collections publiques du Poitou-Vendée, Christian Gendron, Éditions Musées Vivants, Niort, 1992.

A lire aussi: Bernard Pierre-Marie, Cent ans de bijoux en Poitou, 1850-1950, catalogue d’exposition à l’atelier boutique, 2009.

Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterPin on PinterestEmail this to someone
Ce contenu a été publié dans Bijoux traditionnels. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *