Les bijoux des Vierges de douleurs

Une tradition locale met en scène les bijoux civils sur des statues spécialement conçues pour être revêtues d’habits de cérémonie. Ce sont le plus souvent des Vierges mannequin dont les plus caractéristiques sont celles des sept douleurs. Ces statues sont parées d’une couronne d’argent ou de métal et présentent piqué à leur corsage un cœur d’argent percé des sept glaives. Le bijou civil est encore plus présent sur les Vierges habillées dites « joyeuses » qui sortent encore dans certains villages roussillonnais le matin de Pâques. Le vestiaire, comme les parures de ces Vierges, étaient souvent l’apanage d’une seule famille comme les Sabaté à Céret.

La description des cérémonies de la Semaine Sainte à Perpignan au début du XVIIIe siècle démontre l’ancienneté de cette pratique :  

« une figure de la Vierge est sur un autre brancard… elle est revestue cette année d’un habit à la françoise assez magnifique ; aussi est ce une dame de qualité qui le preste…et elle a au haut de son corps de riches chaînes d’or qui font la guirlande attachées avec des nœuds de diamants, une belle chaîne en or lui tient lieu de ceinture, la coiffure comme nos dames de grandes coiffes de gaze blanche ; sur cette coiffure par dessus cela un grand rayon qui ne forme que le demi cercle attaché sur les coiffes ; il est de vermeil doré».

Les Vierges habillées du Roussillon possèdent toutes une bijouterie d’argent et strass, bijouterie propice à ornementer le vestiaire de deuil tout en étincelant lors des processions de Pâques ou de l’Ascension. Ces bijoux ont eu une grande vogue entre 1840 et 1860 dans la société civile. Ils sont toutefois plus fragiles que les bijoux en or  du fait de la malléabilité de l’argent et de l’impossibilité de réparer le bijou sans devoir dessertir tous les strass. 


Une très belle photographie montre les demoiselles Sabaté à leur ouvrage dans leur salon. La Vierge porte des boucles d’oreilles et une croix, R.Julia, Photographies.fotografies, ed. Scalaris, Barcelone, 1990.

Colomer, C., Le clergé régulier en Roussillon sous l’Ancien Régime, BSASL, 1996, p.141.

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Une réponse à Les bijoux des Vierges de douleurs

  1. Rosa M. Martín i Ros dit :

    ës molt interessant el que expliques i la conservació d’aquestes tradicions.

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