Du costume au bijou: la Maille dans l’identité de Perpignan (2)

Dans la lignée de la fin du XIXe s. et la vogue des lainages « hygiéniques » utilisés pour les vêtements de dessous puis les tenues de sport, la mode des vêtements en tricot se développe au début du XXe siècle. La guerre de 14-18 voit en grand nombre des femmes, des enfants, et même les blessés immobilisés, tricoter « patriotiquement », pour les soldats du front.

 La paix retrouvée, l’hiver à Font-Romeu, on s’équipe d’un bonnet, d’une écharpe, d’un pull et de chaussettes de laine pour pratiquer les sports de plein air comme le ski. Les autres saisons, on porte d’élégants et confortables sweaters (de l’anglais to sweat : transpirer) pour la plage à Canet ou au Barcarès et pour le vélo.

Gabrielle Chanel est considérée comme la pionnière du vêtement en tricot. En 1916, elle rachète à Jacques Rodier (tisserands depuis 1852) un stock de jersey habituellement utilisé pour la bonneterie ; elle y réalise des modèles de tailleurs à veste trois-quarts et jupes raccourcies et des marinières. Le style de vie des années 1920, qui se veut libre et pratique et exige qu’on ait l’air «sport», voit le triomphe de la maille et des pullovers – le terme apparaît à cette époque. Certes le soir, on brille dans des tenues luxueuses et pailletées, mais en journée, la base de la garde-robe, c’est l’ensemble sport (sportswear), le plus souvent en maille, souple, pratique, confortable.

 Paul Poiret, le couturier vedette de la Belle Époque, n’apprécie guère cette mode : « Autrefois une robe était autre chose qu’une jupe plissée avec un sweater. Ah ! on pouvait alors faire de belles choses avec de beaux tissus que la femme préférait aux jerseys et aux tissus de sport ! » déclare-t-il dans L’Art et la Mode en 1927. Ces toilettes nouvelles sont immédiatement adoptées par les Catalanes des deux cotés de la Frontière, fabriquées sur place par les deux usines Diogène de Perpignan et Barcelone.

 Henri Diogène, né le 11 avril 1864 (Hautes-Pyrénées), demeurant à Barcelone, crée au début du XXe s. trois établissements de bonneterie de luxe, situés l’un à Bagnères de Bigorre, l’autre à Barcelone et le troisième à Perpignan.

 Le siège social des établissements Diogène est situé à Bruxelles selon un annuaire de 1923. La fabrique de Perpignan, enregistrée au registre du commerce en 1920, est située rue André Bosch, à l’angle du Boulevard des Pyrénées. En 1928 l’administration des usines de Bagnères de Bigorre et de Perpignan  est unifiée : « M. le président expose qu’en vue d’une concentration industrielle et dans un but d’unification administrative, M. Henri-Claude Diogène assurera la direction des usines de Bagnères de Bigorre et de Perpignan ». L’entreprise de Perpignan dépose de 1915 à 1931 un grand nombre de marques et modèles de bonneterie, prouvant son dynamisme : cravate « double » modèle suisse, ceinture slip-Dio, fil et gomme avec coton mercerisé ou laine ou autre textile, chapeau tricoté « Calot », coiffure pour homme forme « casque », modèle de sous-vêtements pour dames hommes et enfants sous dénomination « combinaison culotte Slip-Dio », « soutien-gorge Dio ». On notera aussi en 1930 le dépôt d’un modèle de « pull-over avec dessins représentant l’allégorie de la traversée de l’Atlantique par Coste et Bellonte, comprenant sur un des cotés la tour Effel, au centre un avion, et le point d’interrogation, de l’autre coté les gratte-ciels de New-York.»

 L’entreprise semble toutefois ne pas échapper au redressement financier, aggravé par la crise de 1929 : le dernier modèle de plastron pour hommes-dames et enfants nommé « Plastron-Dio » date du 6 novembre 1931, l’entreprise perpignanaise disparaissant ensuite pour réapparaître autrement en 1940.

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