Les gitans du Roussillon

Gitans à Rivesaltes, vers 1895, fonds icono Institut du Grenat. .

Gitans à Rivesaltes, vers 1895, fonds icono Institut du Grenat. .

Description intéressante des gitans du Sud de la France, notamment ceux de Perpignan, par Eugène Trutat, dans Les Pyrénées: les montagnes, les glaciers, les eaux minérales, les phénomènes de l’atmosphère, la flore, la faune et l’homme, paru en 1894. malgré son regard scientifique, Trutat pose de nombreux préjugés sur eux, un fait propre à son époque.

Les bohémiens du pays basque ne sont pas les seuls représentants de ces tribus errantes d’origine orientale, probablement, que l’on rencontre dans les Pyrénées ; et les Gitanes du Roussillon, de l’Aude et de Toulouse sont très probablement leurs cousins peu éloignés. Certaines tribus se modifient beaucoup, et les gitans du Ravelin, ceux des Minimes à Toulouse, sont à peu près civilisés. Mais c’est à Perpignan qu’il faut aller chercher la tribu chez laquelle se sont conservées encore les vieilles traditions. « Sur les bords du glacis de l’avancé, on voit souvent réunis en groupes, des individus au teint enfumé, cheveux lisses, traits du visage fortement prononcés, stature haute et élancée, vêtus d’un pantalon montant sur la poitrine, avec un gilet descendant à peine de quelques doigts sous les aisselles, veste tout aussi courte, garnie souvent de boutons de métal en boule suspendus à un long chaînon, bonnet rouge ou noir, tantôt descendant jusqu’au milieu du dos, tantôt deux fois replié au-dessus de la tête, et souvent coiffés d’un mouchoir plié en bandeau appliqué sur le front et noué par derrière ; ceinture rouge ou noire, à laquelle sont ordinairement suspendues des morailles, des cordes, une trousse de cuir contenant de larges et très longs ciseaux à lame arquée d’une façon particulière : ce sont des « gitanos » (Adrien Planté, Congrès de Pau, p. 23 et s.).

Un peu moins sales, un peu moins déguenillés, beaucoup moins maraudeurs que ceux des tribus errantes de la caste, ceux de ces gitanes qu’on voit ainsi aux abords de la ville y sont domiciliés, et ils attendent là qu’on leur livre des mulets, des ânes ou des chiens à tondre, fonction dont ils s’acquittent à merveille, nous dirons, même avec goût. Maquignons jusqu’au bout des ongles, les gitanes courent toutes les foires, trafiquent sur les bêtes de somme, qu’ils ont le talent d’adoucir pour quelques heures si elles sont rétives, d’exciter si elles sont lentes, de déguiser si elles sont vicieuses, et ils savent admirablement attraper les bons paysans. L’estomac du gitan nomade ne recule devant aucun aliment, quelque immonde qu’il soit ; il s’accommode aussi bien de la bête exhumée que de la charogne jetée à la voirie : c’est pour lui un mets faisandé. Réunis au pied d’une masure, dans le creux d’un fossé, sous l’arcade d’un pont sans eau, et oubliant là leur misère, si toutefois l’insouciance qui fait le fond de leur caractère leur permet de la ressentir, ces tribus vagabondes font leur halte, et chacun aussitôt se met en quête. Après leur très modeste repas, on les voit dormir au soleil, livrer une guerre d’extermination à la surabondante vermine qui les couvre, et s’abandonner parfois, au son d’une mauvaise guitare ou au simple chant d’un fandango, à quelqu’une de ces danses que le jeu combiné des bras, des hanches et des yeux rond d’un cynisme peu ordinaire, et qu’avait signalé depuis bien des siècles un poète satirique de Rome. « Ad terram tremula descendent dunes puellæ.» A Toulouse, il existe encore deux tribus de gitans, mais de gitans civilisés, qui ont abandonné le costume national : les hommes ont adopté la blouse bleue et la casquette ; les femmes seules ont encore dans leur toilette, peu élégante, un dernier reflet de leur origine orientale, espagnole si l’on veut : jupons clairs à dessins criards.

REGNAULT Henri (Paris 1843 - Buzenval 1871) Portrait d'un gitan, 1868.

REGNAULT Henri (Paris 1843 – Buzenval 1871) Portrait d’un gitan, 1868.

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